Féroces

Robert Goolrick

Anne Carrière / Pocket

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Le pitch

Les Goolrick étaient des princes. Et tout le monde voulait leur ressembler.

C'étaient les années 50, les femmes se faisaient des coiffures sophistiquées, elles portaient des robes de taffetas ou de soie, des gants et des chapeaux, et elles avaient de l'esprit. Les hommes préparaient des cocktails, des Gimlet, des Manhattan, des Gibson, des Singapore Sling, c'était la seule chose qu'ils prenaient au sérieux.

Dans cette petite ville de Virginie, on avait vraiment de la classe, d'ailleurs on trouvait son style en lisant le New Yorker.

Chez les Goolrick, il y avait trois enfants, tous brillants. Et une seule loi : on ne parle jamais à l'extérieur de ce qui se passe à la maison. A la maison, il y avait des secrets. Les Goolrick étaient féroces.

Mon avis

Se faire secouer par un livre, cela n'est pas fréquent, mais cela arrive. Volontairement ou pas, on tombe parfois sur un roman dont le contenu est si terrible qu'il vous retourne l'intérieur.

Mais se faire secouer par un livre tout en restant, jusqu'au bout, stupéfait, pétrifié par la qualité de la forme, du fond, du style, c'est assez rare. C'est ce qu'il vient de m'arriver avec Féroces, de Robert Goolrick.

Deux remarques préalables :

1/ J'ai découvert Goolrick en 2016 grâce à son roman La chute des princes, dont j'avais admiré la remarquable qualité littéraire en indiquant que l'auteur avait tout d'un grand.

Mais - joie ! - j'ai aussi découvert à ce moment là qu'il avait écrit plusieurs autres livres auparavant, dont celui-ci, qui est sa première oeuvre.

2/ Le titre français est superbe. Cependant, une fois de plus, le titre américain est beaucoup, beaucoup plus intéressant : The end of the world as we know it : scenes from a life (La fin du monde telle que nous la connaissons : scènes d'une vie).

Ce sont effectivement des scènes d'une vie que je vous invite à découvrir : celles de l'auteur qui, dans un récit présenté sous la forme d'un roman à la première personne, mais qui est en fait une sorte d'autobiographie fragmentaire et fragmentée particulièrement élaborée (certains parlerons d'auto fiction, mais j'abhorre ce terme).

Un texte où, par un système de plongées répétées, Goolrick s'enfonce peu à peu dans sa vie, ses souvenirs, ses sentiments, et, par pallier, atteint enfin la vérité, tout au fond, là où il fait noir et très, très froid.

La première partie du roman est le récit d'une famille, dans les années 50, dans le sud. Famille bourgeoise, des parents, trois enfants, des grands parents, des oncles et des tantes.

Description de la vie de tous les jours, impressions d'une époque formidablement bien restituées, avec cette insouciance tirée de la sortie d'une guerre et d'une nouvelle prospérité économique.

Mais tout n'est pas rose, loin de là, les violences, les traumatismes nés d’individualisme et d'égoïsme forcené zèbrent le récit de cette quiétude apparente. Après, il y a un chapitre (Brûlure) d'une beauté formelle sidérante.

Et puis plus tard un grand bond dans le temps et un chapitre (L'été de nos suicides) qui va vous glacer le sang, car c'est celui qui ouvre sur la seconde partie, où Goolrick fait défiler une série de scènes de plus en plus terribles.

Et enfin, le lecteur, glacé, parvient au fond de l'histoire, et au fond de l'espoir.

Je ne vous en dirais pas plus, car je ne veux pas vous faire fuite. Au contraire ! Il faut que vous lisiez ce texte formidablement bien écrit, d'une lecture formelle extrêmement aisée, et appréciez ce livre que vous n'oublierez certainement pas; moi, en tous cas, je ne suis pas prêt de le faire...

Attention : ce livre est un livre pour adulte. Définitivement.

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