Les furies

Lauren Groff

Edition de l'olivier/Points

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Le pitch

Lotto et Mathilde sont beaux, séduisants, follement amoureux. Promis à un avenir radieux, ils se marient très vite.

Dix ans plus tard, Lotto est devenu un dramaturge au succès planétaire ; Mathilde, dans l'ombre, l'a toujours soutenu. Leur couple est l'image type d'un partenariat réussi.

Mais les histoires d'amour parfaites cachent souvent des secrets qu'il vaudrait mieux taire...

Mon avis

Si je devais tirer un seul enseignement de ma longue et prolifique carrière de lecteur compulsif, un seul conseil à transmettre à tous les amateurs de littérature, ce serai celui là : méfiez vous comme de la peste des livres survendus par l'éditeur !

Exemples classiques :

Une accroche géante et putassière sur la première page.

Ici, dans l'édition poche, on a droit sur carrément la moitié de la surface de la couverture à un gigantesque bandeau rouge porteur de la déclaration "C'est une histoire d'amour, une des plus grandes que j'ai lues ces derniers temps".

Rien que ça...

Une recommandation d'une personnalité prestigieuse.

Ici, on apprend que Barak Obama en a fait son livre de chevet et a appelé l'auteure pour lui dire à quel point il adorait son livre.

Ça en impose, non ?

Des citations de critiques des plus grands journaux américains. Ici, "Un roman à la hauteur de ses folles ambitions, comédie puis tragédie tour à tour, d'une réudition à bon escient et tout entier tissé de fulgurances" The New York Times.

Impressionnant, n'est-ce pas ?

Résultat : dans 95 % des cas, vous risquez de tomber de très haut.

C'est bien ce qui m'est arrivé avec Les furies. Et ça fait mal (de tomber de très haut !).

Pourtant, le premier tiers du roman m'a plutôt impressionné.

Ce récit du destin de deux êtres destinés à vivre une passion, à la narration parsemée de raccourcis temporels (on regarde, ça accélère, on passe à une autre période puis zzzzp ! on accélère pour sauter cinq ans, etc...), est parsemé de fulgurances stylistes (tiens, tiens...).

Même si le personnage principal, ce Lotto si pétri de talents que c'en est scandaleux, est carrément antipathique dans son égocentrisme forcené, on est pris par le rythme, la multiplication des évènements, des personnages.

Puis, peu à peu, le roman retombe comme un soufflé.

Excès affolant de pédanterie culturelle (toutes ces références, ces extraits interminables des pièces de Loto...) , la fin de la première partie est assez insupportable.

Après, début de la seconde partie.

On abandonne le point de vue "vie de Lotto", pour découvrir le point de vue "vie de Mathilde".

Et surprise (je plaisante) on découvre que Mathilde n'est pas celle que l'on croyait (elle est notamment aussi peu intéressante humainement que son chéri), et que le couple Lotto/Mathilde non plus.

Sauf que ce procédé, c'est celui inventé et utilisé par Evan S. Connell dans son magnifique diptyque Mrs Bridge et Mr Bridge, que je vous invite à lire toutes affaires cessantes.

Du pompage littéraire, voilà ce qu'est Les furies !

Et comme Lauren Groff a oublié une chose essentielle - on ne fait pas un bon roman entièrement centré sur deux personnages aussi antipathiques l'un que l'autre -  on tourne la page de plus en plus vite... mais pour en finir avec ce supplice.

Dommage, dommage...

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