Autobiographie d’une courgette

Gilles Paris

Flammarion

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Le pitch

«Depuis tout petit, je veux tuer le ciel.» Ainsi commence l'histoire d'Icare, garçon naïf surnommé Courgette, qui, à neuf ans, vit seul avec sa mère. Depuis un accident qui a paralysé l'une de ses jambes, cette dernière passe ses journées devant la télévision, une bière à la main.

Un jour, Courgette découvre un revolver et tue accidentellement sa mère. Un saut au commissariat et l'enfant est placé dans le foyer d'accueil des Fontaines, près de Fontainebleau.

Infirmière, psychologue et «zéducs» sont chargés de soigner les bleus à l'âme de ces petits pensionnaires, parmi lesquels Simon, qui sait tout sur tout, Ahmed qui pleurniche tout le temps, Béatrice qui n'arrive pas à enlever les doigts de son nez, Alice qui cache toujours son visage sous ses longs cheveux, Jujube qui compense l'absence de sa mère par des gâteaux et enfin Camille, dont Courgette tombe amoureux.

Mon avis

Difficile d'échapper, en cette rentrée 2016, aux têtes étranges et  aux grands yeux des personnages en pâte à modeler qui s'affichent sur les murs de votre ville et vous regardent avec inquiétude et confiance mêlées.

Car en haut de l'affiche du film d'animation en stop motion, adaptation du roman de Gilles Paris, il y a ce drôle de titre, ce titre étonnant, intriguant et magnifique : Ma vie de courgette (le titre du roman est Autobiographie d'une courgette).

Si on est curieux (et les lecteurs sont par essence des personnes curieuses), difficile de ne pas s'offrir ce petit roman (pas si petit que cela en fait, 255 pages d'un texte dense à la mise en page serrée).

Alors, on ouvre la première page et Hop !, on plonge dans le monde décalé d'Icare, dit Courgette, petit garçon de neuf ans abandonné par la vie qui se retrouve dans des circonstances dramatiques dans une institution spécialisée.

Abandonné par la vie ? Peut-être, au début du roman, du moins, parce que justement, d'un seul coup, le soleil va daigner se lever et darder ses rayons vers lui pour le réchauffer : amitiés (ses pairs, mais aussi les éducateurs), amour (Camille, la jolie petite fille mais aussi l'homme qui va finalement l'adopter).

Dès le début, on est touché, souvent jusqu'au rire, parfois jusqu'aux larmes. C'est souvent par la manière dont Gilles Paris parvient à se projeter dans la tête de cet enfant. Trouver les mots de l'enfance, quand on est adulte, c'est terriblement difficile, il faut un sacré talent d'observation, et l'auteur y parvient très bien (même si, par moments, il en fait un peu trop).

Alors bien sûr, si l'on a pas mal bourlingué entre les pages des bibliothèques, on ne peut pas s'empêcher de penser aux auteurs qui ont su faire parler les enfants, à Quand j'avais 5 ans, je m'ai tué, ce merveilleux roman d'Howard Butten, mais aussi aux livres inoubliables de Patrick Cauvin, comme E=mc², mon amour et Monsieur Papa. Gilles Paris les a certainement lu, surtout le premier, le rapprochement est troublant, mais il a su créer son propre univers et c'est vraiment bien.

Deux petites touches pour minorer légèrement mon appréciation.

La première, c'est la longueur du récit, cinquante pages de moins dans la deuxième moitié partie du roman auraient été préférables ; un sujet pareil et le ton employé surprennent, mais sur la durée, les "trucs" de narration deviennent un brin trop visibles; ce n'est jamais bon quand on voit la technique derrière le texte.

La deuxième, ce sont les quelques dérapages répétés, malheureusement, de l'auteur sur la sexualité. Cela ne m'a pas choqué : ce sont simplement les seuls passages qui sonnent totalement faux. Rien que pour cela, je ne recommande pas la lecture de ce joli texte aux enfants.

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