Jamais je n’aurai 20 ans

Jaime Martin

Dupui

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Le pitch

188 juillet 1936 : le jeune gouvernement espagnol des républicains, issu de l'alliance des partis de gauche, est renversé par les troupes du général Franco, plongeant le pays dans trois années de guerre civile puis presque quarante de dictature répressive.

Pour Isabel, courageuse couturière, ce sera également le début d'une vie nouvelle, faite de lutte et de résistance. Proche du syndicat anarchiste CNT qu'elle a rejoint quelques mois auparavant, elle va devoir prendre la fuite au côté de son futur mari, Jaime, l'un des leaders de leur cellule locale.

Après Les guerres silencieuses, au sein desquelles Jaime Martin se penchait sur la jeunesse de son père au cœur de la décolonisation espagnole, c'est maintenant à la jeunesse de ses grands-parents qu'il dédie ce dense roman graphique.

Conté depuis les yeux d'Isabel et Jaime, Jamais Je n'aurai vingt ans est une plongée dans la guerre d'Espagne avec la sensibilité et l'efficacité graphique inhérentes au travail du talentueux auteur ibérique.

Mon avis

Souvent, le choix d'une BD se fait sur sa couverture : on passe devant une table où sont exposées des dizaines d'albums, et un dessin, une composition graphique, des couleurs attirent votre œil et vous vous emparez du volume pour le feuilleter, celui-là plutôt que tous les autres.

Avec Jamais je n'aurai 20 ans, c'est ce qui est arrivé.

Je suis tombé en arrêt devant cet album one shot à la couverture rouge framboise, tant cette jeune fille au calot militaire sur une coiffure 30's, brandissant le point tout en souriant, m'a charmé et intrigué.

Bien m'en a pris car, dès que dès les premières pages tournées, je me suis retrouvé plongé dans un récit au scénario d'une qualité très largement supérieure à la moyenne.

Jamais je n'aurais 20 ans

Normal, en fait, car dès le préambule (une longue note avant la première planche) Jaime Martin explique sa démarche.

Son projet ? Raconter en une centaine de planches la jeunesse et le destin d'Isabel et Jaime, ses grand-parents, qui ont - comme tant d'autres - traversé la tourmente de la guerre civile espagnole et les vicissitudes de la dictature franquiste.

C'est donc une sorte de biopic (ou plutôt de biobd !) d'un couple que Jaime Martin a raconté, dessiné.

Un destin, sur près d'une trentaine d'année.

Un destin tout autant ordinaire qu'extraordinaire, le récit d'une lutte au quotidien contre la guerre, le sectarisme politique et social, la pauvreté.

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Jamais je n'aurais 20 ans

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Avec une tendresse extraordinaire, l'auteur s'attache à ses personnages, ses grands-parents.

Il montre comment petit à petit, avec obstination, courage et travail, ses personnes "normales" vont construire une vie admirable.

Porté par un dessin rond semi réaliste mis en couleur avec subtilité, la chronique joue très intelligemment sur les ellipses temporelles.

Très finement, Jaime Martin évite le piège littéraire et s'empêche de laisser le texte récitatif envahir les vignettes, au profit de nombreux dialogues qui rendent la lecture très dynamique.*

Jamais je n'aurais 20 ans

Ce sont deux bonnes heures de lecture passionnante, émouvante, auxquelles que je vous invite.

Avec en prime, dans une post face bienvenue, un hommage d'une demi-douzaine de pages à Isabel et Jaime, dont on peut contempler de nombreuses photos.

Ils sont morts tous les deux très âgés; et on aurait aimer les rencontrer.

Chaudement recommandé.

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