La jument verte

Marcel Aymé

Folio

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Le pitch

"Au village de Claquebue naquit un jour une jument verte, non pas de ce vert pisseux qui accompagne la décrépitude chez les carnes de poil blanc, mais d'un joli vert de jade. En voyant apparaître la bête, Jules Haudouin n'en croyait ni ses yeux, ni les yeux de sa femme. - Ce n'est pas possible, disait-il, j'aurais trop de chance.

Cultivateur et maquignon, Haudouin n'avait jamais été récompensé d'être rusé, menteur et grippe-sou..."

Mon avis

Si l'on pouvait en douter, voilà un des romans de Marcel Aymé qui démontre à quel point cet auteur brillant était un sacré loustic.

Loustic : voilà un terme un peu désuet mais qui cadre bien avec le vocabulaire de ce récit écrit en 1933, mais qui emprunte le verbe et l'argot de la France profonde du début de la III° république.

La jument verte, c'est le biais étrange et plein d'ironie par lequel Marcel Aymé couvre, en deuxième rideau, les aventures de quelques personnages d'un village, Claquebue, 90 familles en tout et pour tout et des générations de désirs et de rancœurs accumulés.

La jument verte est un tableau qui parle haut et fort de la vie de ces paysans, vus sous l'angle sociologique de la politique, de la religion, mais surtout, presque exclusivement, de la sexualité.

Avec force descriptions et précisions dont l'aspect parfois sordide et toujours très cru interdit la lecture du roman aux enfants et adolescents qui ont adoré Les contes du chat perché, c'est une succession de tableaux si naturalistes que j'en suis resté parfois bouché bée.

Que d'audace dans le vocabulaire, dans les images !

D'un bout à l'autre d'un roman un peu trop long (et qui patine sec à certains moments, c'est là son principal défaut - 50 pages de moins, cela aurait été parfait), Marcel Aymé fait flèche ironique de tout bois, avec cet humour aussi mordant que le jus d'un citron bien vert.

Cela vous arrive-t-il de rire aux éclats à la lecture d'un roman ? Non, n'est-ce pas ?

Eh bien moi non plus, et pourtant la perle rurale que je viens de refermer est parvenu à me tirer, à intervalles réguliers, des éclats de joie verbale qui ont troublé mes voisins de transport en commun.

Bien. Je constate en me relisant que cette critique manque sacrément de liant et de cohérence, aussi vais-je en rester là, sur un conseil très simple : si vous aimez l'humour de Marcel Aymé, sa capacité à brosser les tableaux de la France profonde avec un réalisme parfois cruel (comme dans Uranus), sa verve rare pour mettre en vitrine le ridicule partisan de ses contemporains (les fanatiques de l'ordre religieux réactionnaires et/ou de la République progressiste en prennent tous pour leur grade), alors n'hésitez pas : La jument verte va vous séduire !

[NB : et si vous trouvez que certaines de mes phrases sont excessivement longues, vous n'avez pas tort !]

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