Les derniers jours de nos pères

Joël Dicker

Editions de Fallois

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Le pitch

Londres, 1940. Soucieux de pallier l'anéantissement de l'armée britannique à Dunkerque, Winston Churchill décide de créer une branche particulière des services secrets, le Special Operations Executive (SOE). Elle lui sera directement rattachée, et chargée de mener des actions de sabotage et de renseignement à l'intérieur des lignes ennemies. Tous ses membres seront issus des populations locales pour être insoupçonnables. Du jamais vu jusqu'alors.

L'existence même du SOE a été longtemps tenue secrète. Soixante-dix ans après les faits, Les Derniers Jours de nos pères est un des premiers romans à en évoquer la création et à revenir sur les véritables relations entre la Résistance et l'Angleterre de Churchill.

Mon avis

Merci à Bertrand de Fallois, "nez" historique de l'édition française, d'avoir accordé à sa chance à Joël Dicker ! Ce jeune Suisse, qui allait devenir avec son second roman La vérité sur l'affaire Harry Quebert le plus important best-seller français de ses vingt dernières années, dévoilait avec ce premier ouvrage une partie des qualités qui allaient lui permettre d'exploser peu après.

Le premier tiers du récit (correspondant à la première des quatre parties du livre) est une vraie réussite. L'installation des nombreux personnages est faite par l'auteur, de manière fort habile, tout le long des mois de formation des jeunes recrues destinées à devenir des membres actifs des services secrets durant la guerre.

La capacité de Joël Dicker à raconter une histoire de manière simple, efficace, est déjà là, bien installée, et l'on suit avec amusement et intérêt les péripéties de ce groupe d'hommes et de femmes, jeunes, destinés à devenir tout simplement des héros. Ce que Dicker fait le mieux, c'est d'utiliser les dialogues, nombreux et fournis, comme moteur de construction des relations entre les personnages.

La suite du roman est, malheureusement, moins convaincante. L'auteur plonge ses héros dans la résistance, et cela rame un peu, parfois beaucoup. Deux raisons à cela.

La première tient à l'absence de colonne vertébrale scénaristique. Pendant trois cents longues pages, le lecteur va suivre les nombreux protagonistes, au fil des années de guerre, qui œuvrent chacun de leur côté pour, parfois, se retrouver un bref instant, sans enjeu dramatique consistant et cohérent (il y a, vous le découvrirez, un nœud scénaristique, mais bien insuffisant pour porter l'ensemble). Long, c'est trop long, c'est sans doute une centaine de pages qu'il aurait fallu retirer.

La seconde tient au manque de maturité (allez, je vais être sympa : parlons d'excès de fraîcheur) de Joël Dicker qui, il faut le rappeler, n'avait que 25 ans lors de la rédaction du livre. Tout manque beaucoup de consistance réaliste : la toile de fond (la Seconde Guerre mondiale, rappelons-le !) est peinte au pastel (où sont les drames humains, le sang, les destins brisés ?) ; quant aux personnages, ils sont quasiment trop "gentils" et même les "méchants" ne sont pas assez réalistes.

L'ensemble est donc sympathique, prometteur, et bien supérieur à la production courante française pour une raison très simple : Joël Dicker aime passionnément raconter des histoires, et il le fait partager à ses lecteurs. Un roman qui mérite le détour.

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