Moby Dick

Chabouté & Herman Melville

Vents d'Ouest

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Le pitch

Des campagnes de pêche de plus de trois ans, les dangers de l'océan, la chasse elle-même où, armés de simples lances et harpons à bord de légères chaloupes, les marins s'exposent aux réactions redoutables et aux assauts furieux de cachalots de plus de soixante tonnes.

En plus de la chasse, le travail harassant de remorquage, de dépeçage et de fonte du lard afin d'en extraire la précieuse huile ; souvent trois jours d'efforts continus sans le moindre repos... Les conditions de vie extrêmes de ces hommes, les dangers quotidiens où les matelots exorcisent leur peur en la muant en rage à l'encontre des cétacés qu'ils massacrent.

Rage sournoisement attisée par cette folie de vengeance aveugle et obsessionnelle du capitaine Achab envers Moby Dick, le cachalot blanc qui lui a arraché la jambe par le passé.

Chabouté met sa vision personnelle et sa maîtrise du noir et blanc au service de ce classique de la littérature américaine. Une adaptation magistrale, fidèle au récit original et à l'esprit d Herman Melville, reflétant la frontière étroite entre l'acharnement et la folie, baignant dans le sang, l'huile et la sueur d'un navire baleinier de la fin du XIXe siècle.

Mon avis

Adapter Moby Dick, un des plus grands romans de l'histoire de la littérature... pourquoi pas ?

Mais le risque était à la hauteur du challenge, j'imagine que Christophe Chabouté en avait conscience avant d'entamer la réalisation de ce roman graphique en deux volumes de 250 planches au total.

250 planches en noir et blanc, uniquement, avec le style graphique si reconnaissable de Chabouté, un dessin chahuté, plein d'angles, dur, âpre. Un dessin qui va très bien avec l'ambiance du roman. Un roman que j'estime par dessus tout, je vous invite chaleureusement à le lire si vous ne l'avez pas encore découvert, c'est un chef d'oeuvre absolu !

En fait, je vous invite même à lire ou relire le roman, plutôt que ce récit. Le résultat du challenge est tout à fait honorable mais, désolé,  j'ai parcouru les 250 planches en un temps record et j'en suis sorti sans aucune émotion. Un comble pour Moby Dick !

En fait, je pense que les choix de Chabouté ne sont pas les bons.

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Tout d'abord, ce noir et blanc me parait à l'opposé de ce que devrait être un récit marin. Grand large, tempête, soleil, pluie, vent, chasse à la baleine : que d'occasion de travailler la couleur, à l'aquarelle peut-être ! Ici, on n'est loin de la chasse à la baleine et on se lasse très vite de ce noir et blanc systématique,même si de nombreuses planches et vignettes sont très belles.

Ensuite, le choix du noir et blanc est, à mon avis, complètement redondant avec l'atmosphère du roman. Appuyer le propos de fond avec la forme, c'est trop, superfétatoire. La folie d'Achab n'en serait que plus choquante avec un soleil rougeoyant à l'horizon et avec les mille reflets de la lumière sur les vagues.

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Les choix au niveau du script sont enfin autant de parti pris qui vont dans le même sens redondant. Où sont passés les innombrables passages sur la vie des matelots et marins sur un baleinier, sur les parties de chasse ? Moby Dick est, toute proportion gardée, un roman aussi documentaire que l'était 20 000 lieues sous les mers; la version de Chabouté se focalise, exclusivement, sur Achab. Quelle vision réductrice du roman !

Une très grosse déception, sans doute parce cette adaptation n'était pas la meilleure des idées : le récit graphique n'apporte rien au roman, au contraire, il réduit considérablement sa richesse...

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