Sauvage

Jamey Bradbury

Gallmeister

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Le pitch

À dix-sept ans, Tracy sillonne avec ses chiens de traîneau les immensités enneigées de l'Alaska. Amoureuse de la nature sauvage, elle possède un secret : un don hors norme, hérité de sa mère, qui la relie de façon unique aux animaux, mais peut-être aussi aux humains.

Sa vie bascule le jour où un inconnu l'attaque en pleine forêt, puis disparaît. Quand Tracy reprend connaissance, couverte de sang, elle est persuadée d'avoir tué son agresseur. Ce lourd secret la hante jour et nuit, et lorsqu'un jeune homme à la recherche de travail frappe à leur porte, Tracy sent émerger en elle quelque chose de sauvage.

Mon avis

Difficile d'imaginer plus jolie couverture que celle de Sauvage, dans la tonalité habituelle des couvertures de l'éditeur Gallmeister.

Mais aussi, une fois lu, encore plus difficile d'imaginer une couverture plus en adéquation avec l'atmosphère du roman.

Un chien esquimau dont les traits se confondent littéralement avec les éléments d'un paysage sauvage, celui du fin fond de l'Alaska.

C'est donc de chiens, de courses en traineau, de neige, mais aussi d'animalité et d'identité dont va nous parler Jamey Bradbury, une jeune américaine dont c'est le premier roman.

Une vraie réussite, qui aurait bien pu être une réussite totale si l'auteure ne s'était un peu perdue en vue de la ligne d'arrivée, à cinquante pages de la fin, pas excès d'ambition. Une erreur de débutante, pourrais-je dire.

Une vraie réussite, car dès ce premier roman, Jamey Bradbury a un ton et un style.

Même si je déteste habituellement le style indirect pour écrire les dialogues (vous savez : pas de tiret à la ligne pour ouvrir une phrase parlée, qui est directement incorporée dans la narration), j'avoue que cela ne m'a pas gêné outre mesure pour ce récit car le procédé est justifié : le roman n'est qu'un long récit à la première personne de Tracy, l'héroïne.

En fait, dès la première ligne, le lecteur se retrouve niché littéralement dans l'esprit de Tracy.

Qui n'est pas une jeune fille comme les autres, on le comprend vite. Sans trop dévoiler ce que l'auteure dessine peu à peu avec subtilité tout au long du récit, Tracy est une sorte de vampire psychique, accédant à tout ou partie des pensées et impressions de tout être vivant dont elle boit le sang.

Attention : ce "pouvoir" est le seul élément fantastique du roman, mais il pourra gêner certains lecteurs hermétiques à de tels développements. Pour ma part, c'est l'inverse qui s'est produit : cette dimension fantastique apporte un plus indéniable à l'atmosphère du récit et à la progression dramatique.

Pour le reste de l'histoire, je n'en dévoilerai pas un mot, je ne voudrait pas me faire injurier pour spoil manifeste !

Sachez simplement que, tout au long des 300 pages, Jamey Bradbury jongle avec un brio étonnant avec le roman psychologique, le nature writing (on est littéralement immergé dans l'hiver du grand nord du début jusqu'à la fin et la vie des chiens de traineau n'aura plus de secrets pour vous une fois la dernière page tournée), le questionnement identitaire (la notion de genre est travaillée avec beaucoup d'intelligence) et une part de suspens qui transforme peu à peu le récit initiatique en un thriller parfois à la limite de l'horrifique.

C'est sur ce dernier point que notre jeune auteure se plante sur la fin, pensant sans doute que plus il y a d'évènements et de rebondissements, meilleur sera son récit. Alors que non, il n'en avait pas besoin.

Que cela ne vous empêche pas de vous précipiter sur ce roman à la fois glacé et brûlant : il est le premier texte d'une future grande, à n'en pas douter.

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