5 mauvaises excuses pour ne pas lire – N°4 : c’est pour les intellos !

Posté le 8 avril 2018, par letournepage, dans La vie d'un lecteur

Nous avançons vers la vérité !

Lors des épisodes précédents, nous avons démontré avec un brio certain (merci ! merci !) que les trois excuses les plus courantes pour ne pas lire étaient juste… ridicules.

Fake news, comme dirait celui qui cherche à vous trumper.

Pour ceux qui n’auraient pas suivi les débats, je les invite à admirer dès maintenant comment ont été pourfendus les mensonges suivants :

  • La lecture, c’est trop cher ! (voir ici pour ceux qui ont raté la premier épisode),
  • Lire, j’ai pas le temps ! (voir ici pour le deuxième épisode),
  • Lire, c’est antisocial ! (voir ici pour le troisième épisode).

Nous entamons aujourd’hui l’étude d’un nouveau fake – le quatrième, déjà ! – sur le livre et la lecture.

Car, vous le savez désormais, certains sont prêts à raconter n’importe quoi pour ne pas plonger ne serait-ce qu’une minute le nez dans un bouquin !


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Excuse bidon n°4 : la lecture, c’est pour les intellos !

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Avant de pourfendre cette assertion aussi répandue que l’illettrisme dans un village corrézien en plein bas moyen-âge, commençons par cette question préalable (je sais, on finit rarement par un préalable, mais c’est venu comme ça sous ma plume/clavier) :

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Qu’est-ce qu’un intellectuel ?

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Proposition A :

  1. Un type maigrichon,
  2. plus ou moins atteint d’alopécie (si, si,c’est dans le dictionnaire),
  3. pourvu de grosses lunettes qui lui mangent le visage,
  4. et bardé de théories absconses (pareil, allez jeter un œil dans le dico !) à la bouche, qu’il énonce en bégayant et en postillonnant ?

Eh bien non tous les intellectuels ne ressemblent pas à Woody Allen !

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Woody Allen

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Proposition B : Alors… Un type qui se croit malin en utilisant plus souvent que ses congénères l’outil cognitif qu’il a à sa disposition dans sa boîte crânienne ?

Ce kilo et demi de matière gélatineuse et fragile appelée communément cerveau, que l’intellectuel considère comme source de vérité ?

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Vous avez reconnu le cerveau d’Omer Simpson, j’imagine ?

 

Cet amas de neurones plus ou moins bien branchés à coup de synapses défectueux, qu’il pense devoir utiliser pour expliquer aux autres comment ils doivent penser, c’est-à-dire comme lui, celui qui pense mieux que les autres ?

Si c’est cela, vive les non intellos !

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Bien, trêve de plaisanterie.

Avouons-le tout de suite : la lecture, quel que soit le degré d’intensité avec lequel on le pratique, demande un certain bagage.

Un énorme bagage.

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énorme bagage

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Vous rendez-vous compte ? Pour profiter d’un livre, il faut savoir…. lire ! Carrément !

Et encore, je triche un peu pour dramatiser la situation, car la multiplication des livres audio, dont nous avons déjà parlé, permet d’avoir accès au contenu d’une multitude de livres, même si on est analphabète.

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Analphabète

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Mais bon, ne mégotons pas :

Partons du principe qu’il faut savoir lire

Mais c’est tout !

Inutile d’avoir fait des études poussées, de posséder des connaissances spécifiques sur la littérature, l’histoire, la géographie… – que sais-je encore ! – pour profiter des livres !

Si c’était vrai, cela se saurait !

Et je peux vous garantir qu’on vendrait beaucoup, beaucoup moins de bouquins qu’à l’heure actuelle…

… car, soyez-en convaincu, une grosse partie des livres vendus chaque année n’est pas destinée à des lecteurs possédant un bagage culturel important.

C’est un fait, pas un reproche.

Regardez le classement des meilleures ventes de livres à un instant T, vous ne pourrez qu’en être persuadé !

Best sellers

Dans les dix livres les plus vendus, les best sellers comme on disait avec l’accent américain dans les années 70,

vous êtes à peu près certain de trouver :

  • le dernier Guillaume Musso / Marc Lévy / Amélie Nothomb (rayez les mentions inutiles)
  • un ou deux polars ou thrillers
  • un ou deux feel good books
  • un album de manga
  • un album de BD grand public (Lucky Luke / Astérix / Blake et Mortimer : rayez la mention inutile)

Franchement : a-t-on besoin d’être « intello » pour lire ces livres ? Pas du tout !

Comment ça, si ?

Dans Blake et Mortimer, il y a beaucoup de texte ?

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C’est pas faux.

Plus de texte que dans un roman d’Amélie Nothomb, en tout cas (ha ! ha!).

Mais de là à dire que c’est un livre pour intellos…

Quoiqu’il en soit, ceux qui les lisent (j’en fais partie; enfin… pas tous, faut pas exagérer, mais à part Gu… Mu… et Ma… Lé…, mes choix sont très éclectiques) se font vraiment plaisir !

Je vais même aller plus loin : en volume, aujourd’hui (nous sommes en 2018), les livres qui font exploser les compteurs de vente des éditeurs sont (sans ordre établi) :

Les livres de cuisine

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Beaucoup de photos, quelques lignes de conseils, et un peu de sauce autour (ha ! ha ! ha !)

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Il y en a des bons, il y en a des mauvais. Une littérature où il y a à boire et à manger, en fait… (ha ! ha ! ha !)

Mais c’est facile, une fois qu’on a compris le truc, c’est toujours un peu la même recette (ha ! ha ! ha !)

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Les BD et plus particulièrement les mangas

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Je vais vous révéler un secret commercial bien gardé : le manga plait bien à l’éditeur spécialisé car il est récurrent.

N’espérez pas trouver une histoire qui se conclut en moins de 20 tomes. L’une des plus populaires à l’heure actuelle (One pièce) a même d’ores et déjà dépassé le tome… 80 !

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one piece

Tome 86 de One piece. Jolie couverture, non ?

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Et même si l’ouvrage ne coûte qu’une demi-douzaine d’euros, je peux vous garantir qu’à l’arrivée, la saga entière aura coûté au pauvre gamin (ou plutôt : à ses pauvres parents !) beaucoup plus cher que l’intégrale de Balzac dans la Pléïade !

Pour les éditeurs de manga, c’est la grosse galette !

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la grosse galette

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La preuve que le système est vraiment top rentable : au bout de quelques semestres d’observation de ce juteux marché, les éditeurs de BD traditionnelles ont flairé le bon filon et ils se sont mis à développer le même système avec des albums plus classiques.

Traduction : fin des one shot systématiques, vive les sagas « à suivre ».

3 tomes, 6 tomes, 10 tomes, plus parfois !

Sauf qu’ici, le lecteur de BD, qui n’est pas complètement stupide, ni milliardaire, est obligé, un jour ou l’autre, de faire un choix.

Parce qu’avec l’album à 15 € pièce (en moyenne), une saga en douze volumes, cela commence à faire chérot !

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Les livres young adults

(traduction : pour les ados, en voie de glisser vers l’âge adulte)

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Merci les series Harry Potter, Twilight, Divergente, Hunger games, pour avoir créé et développé le genre, en ramenant des millions de jeunes gens vers le livre !

Recette éprouvée : vous placez une bande d’ados dans un contexte déconnecté de notre monde actuel (vous serez donc dans un univers SF, Fantastique ou Fantasy), vous les isolez, et vous laissez mijoter en les laissant s’entretuer.

Efficace, cruel, sanglant. Problème : le combat cesse souvent au bout de quelques tomes, faute de combattants survivant.

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Le porno soft féminin

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Ca, c’est LE truc qui marche à donf ! Je dirais même, si je ne me retenais pas : qui pulse un truc de ouf !

Tout le mérite en revient à 50 nuance de grey (traduction pour les anglophones : Fifty shades of grey, ça sonne mieux), dont le succès fut si  phénoménal que quasiment tous les éditeurs de la planète ont ouvert un département spécialisé sur le sujet.

Le porno soft féminin, c’est l’ancêtre d’Harlequin, revisité épicé.

Dans un Harlequin, l’infirmière (à la rigueur : étudiante) est amoureuse du beau et séduisant chirurgien, producteur, artiste (rayez la mention inutile, il suffit que la profession du mâle lui permette d’être très, très riche) et elle se languit de lui (sans même un baise)r pendant 150 pages avant que l’amour ne les rassemble.

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Dans le porno soft, la journaliste, créatrice de mode, youtubeuse (rayez la mention inutile, il suffit que la profession de la femelle lui permette d’être très, très branchée et sexy) est amoureuse du beau et séduisant chirurgien, producteur, artiste (rayez la mention inutile, il suffit que la profession du mâle lui permette d’être très, très riche) et elle se languit de lui (avec une demi-douzaine de sexe tendances SM de plus en plus scabreuses dans l’intervalle) pendant 350 pages avant que l’amour ne les sépare (mais rebelote dans le tome suivant).

A quoi reconnait-on extérieurement un roman porno soft ?

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A sa couverture ou – systématiquement ! – un jeune mâle sans tête (on ne la montre jamais ! Vive l’homme objet !) dévoile de formidables abdos en forme de plaquettes de chocolat.

De quoi faire rêver la pauv’ ménagère de moins de 50 ans (quoique… pourquoi les vieilles n’auraient-elles pas aussi le droit de fantasmer ?)

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Les livres de développement personnel

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Roman ou essai, peu importe, ces derniers sont les livres qui marchent le mieux aujourd’hui, même si l’édition française doit bien avouer avoir au moins deux guerres de retard sur leurs homologues américains qui vivent du genre depuis mai 68.

Vous avez besoin d’un psy, d’un gourou, d’un maître de vie ?

Vous cherchez votre chemin dans notre monde de brutes déshumanisé ?

Vous voulez réussir au boulot, en famille, trouver l’âme sœur, la garder ?

Pas de problème, nous avons ce qu’il vous faut en stock ! Ces livres vous proposent un « prêt-à-penser » déjà digéré que vous pourrez appliquer sur vos plaies qui saignent depuis si longtemps…

Pourquoi acquérir de tels livres, plutôt que d’aller suivre une psychothérapie , allez vous me dire ?

La réponse est simple : la démarche est beaucoup plus simple mais surtout, beaucoup, beaucoup moins chère !

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Allo, maman, bobo ?

Conclusion : parmi tous ces genres qui font le bonheur des éditeurs (et de leurs lecteurs), pouvez-vous m’expliquer où se niche le contenu intellectuel ?

Franchement ?

Ah,ah : je vois que vous restez coi (voire coite si vous êtes une femme).

C’est moche.

Je veux dire : une femme coite, ça sonne vraiment moche. Mais bon…

Alors soyons clair : le marché du livre se porte plutôt bien en France, et ce sont essentiellement les lecteurs tout sauf intellos et les genres qu’ils privilégient qui font marcher la boutique, contre vents et marées !

Arrêtons donc de dire que le livre, c’est pour les « intellos » !

Assumons nos faiblesses, et lisons suivant notre bon plaisir !

Lire, c’est comme le sexe : cela doit être est un plaisir, et le plaisir de chacun est là où chacun le trouve, tant qu’il ne fait pas de mal aux autres !

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Conclusion : lire est un plaisir réservé… à tous !

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J’arrive au bout de cette nouvelle démonstration.

Si, pour la quatrième fois, je ne vous ai pas convaincu…

c’est que vous êtes carrément de mauvaise foi !

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Quoiqu’il en soit, n’hésitez pas à crier bien fort :

 

Merci la vie d’un lecteur !

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Bien. Ceci dit, il ne nous reste plus qu’à nous attaquer avec ardeur à la cinquième et dernière des idées préconçues qui nuisent à la lecture :

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Non, lire, cela ne prend pas forcement de la place et la poussière !

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