De sang-froid

Truman Capote

Folio

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Le pitch

Il était midi au cœur du désert de Mojave.

Assis sur une valise de paille, Perry jouait de l'harmonica. Dick était debout au bord d'une grande route noire, la Route 66, les yeux fixés sur le vide immaculé comme si l'intensité de son regard pouvait forcer des automobilistes à se montrer. Il en passait très peu, et nul d'entre eux ne s'arrêtait pour les auto-stoppeurs...

Ils attendaient un voyageur solitaire dans une voiture convenable et avec de l'argent dans son porte-billets : un étranger à voler, étrangler et abandonner dans le désert.

Mon avis

De sang-froid est le plus grand succès commercial de Truman Capote (il lui apportera fortune et gloire). Un roman passé à la postérité car il est généralement considéré comme le premier vrai récit du "nouveau journalisme" (certains parlent de "roman de non-fiction"), mouvement qui atteindra son apogée (à mon sens) dans les vingt années suivantes grâce aux œuvres de Tom Wolfe comme L'étoffe des héros.

Capote, à la fin des années 50, s'attache à un projet sur lequel il suera sang et eau durant des années et qui lui bouffera littéralement les tripes, au point que l'on peut penser que l'énergie et l'émotion nerveuse dépensées pour son écriture est en partie responsable de sa déchéance future.

On peut lire, à ce propos, Un plaisir trop bref, le recueil de correspondances de l'écrivain publié en 2004, où l'on voit la souffrance qu'a été pour lui cette création littéraire.

Quelle est donc l'idée de Capote en 1959 ? S'emparer d'un fait divers réel, bien sordide (un quadruple meurtre au fin fond du Kansas par deux pauvres types de passage) et enquêter dessus, encore et  encore, pour en retracer l'histoire avec le maximum de réalisme.

Évacuer tout romanesque, en rester aux faits, rien qu'aux faits. cela signifie une rigueur totale, un travail de recherche formidable, et le choix d'une écriture "blanche" qui exclut de faire apparaître la moindre émotion de l'auteur : l'émotion doit être ressentie directement par le lecteur qui se fait son opinion à la lecture des faits.

Le résultat est tout sauf spectaculaire... et c'était bien l'objectif de Capote. A la lecture de ce gros roman (500 pages), on ne peut qu'être frappé par l'influence qu'il a eu par la suite sur le travail des journalistes d'investigation dans le monde entier. Aujourd'hui, les meilleurs journalistes, lorsqu'ils travaillent sur un sujet de fond, travaillent exactement comme cela : le ton, les développements : la ressemblance est frappante et, rien que pour cela, De sang-froid mérite d'être lu.

Cependant, à sa relecture, je ne peux que regretter une chose : comme j'aurais voulu lire la même histoire, sous la plume romanesque de l'auteur Truman Capote, cet immense styliste qu'avec ses courts romans et ses nombreuses nouvelles, a marqué l'histoire littéraire du XX° siècle ! Le résultat eut été sans aucun doute tout aussi intéressant sur le fond, et bien plus extraordinaire sur la forme.

Vous l'avez compris : en relisant De sang-froid, j'ai découvert les limites du nouveau journalisme, tel que l'avait imaginé Capote. La notion de "roman de non-fiction" est pour moi, à la réflexion, mort née. A partir du moment où l'auteur entre dans un travail romanesque, il s'engage forcément sur le territoire de la fiction, car sans subjectivité, il n'y a pas de roman. A méditer...

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