La servante écarlate

Margaret Atwood

Robert Laffont

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Le pitch

Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d'esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles.

Vêtue de rouge, Defred, " servante écarlate " parmi d'autres, à qui l'on a ôté jusqu'à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l'austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, de travailler... En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté.

Paru pour la première fois en 1985, La Servante écarlate s'est vendu à des millions d'exemplaires à travers le monde. Devenu un classique de la littérature anglophone, ce roman, qui n'est pas sans évoquer le 1984 de George Orwell, décrit un quotidien glaçant qui n'a jamais semblé aussi proche, nous rappelant combien fragiles sont nos libertés.

La série adaptée de ce chef-d'oeuvre de Margaret Atwood, diffusée sous le titre original The Handmaid's Tale, avec Elisabeth Moss dans le rôle principal, a été unanimement saluée par la critique.

Mon avis

Avant qu'une com' démente ne submerge en cette année 2017 les amateurs de littérature américaine, à propos de La servante écarlate, j'avoue n'avoir jamais entendu parlé de ce roman vendu par millions outre-Atlantique...

Étrange, étrange, lorsqu'un livre est publié par un éditeur français en format poche... trente ans après qu'il l'ait sorti en format broché (la publication de Robert Laffont date de 1987) !

Mais sans doute, est-ce dû à la sortie et à la diffusion récente de son adaptation en série télévisée. Terrible pouvoir que celui des séries, dont celui, bénéfique finalement, que de placer sous les feux des projecteurs une oeuvre qui, jusqu'à maintenant, n'avait pas reçu en France l’accueil qu'il méritait !

Car La servante écarlate, s'il est loin d'être l'immense chef-d'oeuvre que certains veulent bien y voir, est un excellent roman, au thème intéressant, qui présente le mérite insigne (et malheureusement assez rare) de faire réfléchir le lecteur.

Cette dystopsie - puisque c'en est une -, un monde futur où l'ordre des choses est telle qu'une large partie de la population est puissamment opprimée par une autre, minoritaire, vaut surtout par la construction froide, sociologique, technique, du monde inventée par Margaret Atwood.

La société imaginée par l'auteure est terrifiante... car elle est finalement très proche de celles, réelles, que le passé - ou même le présent- peuvent proposer à certains endroits du globe. Un monde dictatorial et religieux où la femme n'est rien, si ce n'est un ventre.

Le récit à la première personne de l'héroïne est glaçant, car l'auteure oblige (beaucoup trop longtemps et lentement à mon goût) le lecteur à deviner ce qui se cache derrière les mots, en ne lui révélant que de minuscules informations au fur et à mesure du (trop long) roman.

A ce titre, le pitch de l'éditeur est d'une bêtise sans nom, révélant au lecteur potentiel une toile de fond qu'il n'est censé découvrir que très progressivement.

Le style de Margaret Atwood, d'une froideur classique totale, colle parfaitement au sujet à son traitement. C'est là sa principale qualité.

Par contre, en grand amateur de SF que je suis, je ne peux que regretter l'erreur de construction (d'une grande naïveté scénaristique) de l'auteure qui, refoulant l'essentiel du contexte dans lequel l'histoire se déroule dans un dernier chapitre intitulé Notes historiques, ne parvient pas (et loin de là !) à se hisser à la hauteur des grands anciens de la dystopsie.

Quand au féminisme qui sous-tend l'oeuvre de bout en bout, je dois bien constater qu'il est terriblement daté dans son expression excessive. Allez voir du côté de King Kong Théorie de Virginie Despentes, vous verrez ce qu'est l'expression moderne du féminisme !

Un beau roman, intelligent, qui, s'il n'est pas exempt de défaut... doit avoir lu.

NB : vous trouvez ma conclusion confuse ? Elle n'est que le reflet de mon avis favorable... mais mitigé !

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