Les dingodossiers

Marcel Gotlib, René Goscinny

Dargaud

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Le pitch

Cet opus est un monument, disons-le sans aucune vergogne. En effet, il réunit enfin en un seul volume les élucubrations poilantes de deux génies : l'immense Goscinny et le fabuleux Gotlib et vice versa.

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Lesquels génies avouent, par ailleurs, leur parfaite incompétence à traiter les sujets abordés : le papier qui colle au caramel mou et autres emmerdements majeurs, ou, encore plus pointu, " comment ils font pour trouer les macaronis dans le sens de la longueur " - le tout agrémenté de rédactions de l'élève Chaprot, style : L'Afrique c'est dans les kouateurs.

" Incontournable ". (La Presse unanime). Bonne lecture, les poteaux et les aminches !

Mon avis

Les Dingodossiers est l'oeuvre de deux monuments de la BD.

Un monument dans la force de l'âge et en pleine gloire, René Goscinny, pour les textes. Un Goscinny rédacteur en chef de Pilote, en plein boum créatif (rappelons qu'il mène, en parallèle aux Dingodossiers, la série Astérix, bien sûr, mais aussi Lucky Luke, et Iznogoud !), qui décide de donner sa chance à...

Un futur monument dans toute la force de sa jeunesse triomphante, Marcel Gotlib, pour le dessin.

Les 260 planches qui composent les Dingodossiers laissent déjà entrevoir, sur la forme, ce que sera, peu après, le chef-d'oeuvre de Gotlib, la Rubrique-à-brac : des chroniques courtes, séquences de deux planches, traitant les sujets les plus variés  (en fait : tout et n'importe quoi) avec un humour second degré reposant essentiellement sur la parodie, directement inspiré par le journal américain Mad .

L'humour développé ici par Goscinny est caustique, avec un gros brin de non-sens anglo-saxon. Même si, à l'époque, il fit un peu scandale, cela reste un humour "gentil", très "propre sur lui", assez tendre et très ancré dans l'ambiance des années 60.

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Impossible d'ailleurs, en les relisant, de ne pas voir resurgir par moment (dès qu'il y a des enfants dans la séquence), le ton employé par Goscinny dans les histoires du Petit Nicolas...  Cette intégrale, aujourd'hui, peut vraiment être lue par tous les enfants (même s'ils ne comprendront pas tout !).

Le dessin de Gotlib lui, est déjà terriblement mature techniquement et son style, reconnaissable au premier coup d’œil, déjà bien défini.

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Gotlib, il faut le dire et le redire (et le reredire) figure sur le (large) podium des dix plus grands dessinateurs européens, au côté, de Franquin et Uderzo. Un trait d'une précision et d'une élégance extrême, d'une qualité telle qu'il mérite de rester en noir et blanc (les pages colorisées perdent de leur impact).

Mais déjà, sous cette élégance classique, perce dans ces pages la capacité de Gotlib a déformer les gens, les objets, les étirer, les redimensionner pour ajouter au récit la force d'un humour visuel proche du slapstick qui ne cessera de prendre de l'ampleur au fil dutemps, pour culminer à l'époque de Fluide Glacial et Rhaa lovely.

Les Dingodossiers n'est pas le sommet de l'oeuvre de Gotlib, mais ils en constituent le socle (pas mal, la formule, à replacer !). Je vous conseille donc d'aborder le monument par cette face.

 

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