Le chant du monde

Jean Giono

Folio

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Le pitch

"Le matin fleurissait comme un sureau. Antonio était frais et plus grand que nature, une nouvelle jeunesse le gonflait de feuillages.

- Voilà qu'il a passé l'époque de verdure, se dit-il.

Il entendait dans sa main la truite en train de mourir. Sans bien savoir au juste, il se voyait dans son île, debout, dressant les bras, les poings illuminés de joies attachées au monde, claquantes et dorées comme des truites prisonnières. Clara, assise à ses pieds, lui serrait les jambes dans ses bras tendres."

Mon avis

Comme j'ai pu le dire par ailleurs sur le site, dans la carrière d'auteur de Jean Giono, immense auteur français qui a traversé les trois premiers quarts du XX° siècle en semant une pluie de magnifiques romans derrière lui, il y a clairement deux périodes.

La première court jusqu'à la seconde guerre mondiale.

On y trouve de merveilleux récits où sa langue inimitable s'attache avant tout à raconter la communion des hommes avec la nature magnifique, celle de la Provence où il vécut toute son existence (lire ou relire relire des textes comme Un de Baumugnes ou Que ma joie demeure, c'est un bonheur infini).

La seconde débute après la guerre et elle est dominée par le terrible chef-d'oeuvre Le hussard sur le toit. Son expérience et le contexte terrible du temps qui passe le pousse à creuser la matière si difficile de la nature humaine et à y porter un regard plus dur et plus amer.

Avec Le chant du monde, on est bizarrement sur un roman écrit (en 1934) durant la première période - l'écriture poétique et l'inspiration panthéiste occupent l'essentiel du récit - mais dont le ton et la vision de l'homme, durs, désenchantés, semblent annoncer la deuxième partie de sa vie littéraire.

J'ai été parfois décontenancé par la lecture de ce texte que, passé les cent premières pages, j'ai trouvé parfois statique, sans véritable colonne vertébrale scénaristique sur laquelle aurait pu s'appuyer l'auteur pour dynamiser son récit. J'avoue : je me suis parfois ennuyé.

Les dialogues - brefs, tendus - occupent énormément de place mais la manière dont Giono a voulu restituer le "parler" provençal des collines reculées, bourré d'expressions et d'allitérations, les rendent souvent à la limité du compréhensible.

Quand aux personnages principaux, ils manquent de la puissance évocatrice de la trilogie de Pan.

Reste en mémoire, en toute fin de roman (les 20 pages du chapitre 7), une magnifique scène d'action comme Giono en a peu écrites et qui mérite a elle seule le déplacement.

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