Le fondateur
Gallimard
Le fondateur
Gallimard
Le pitch
Conseiller politique déchu, G. est enrôlé à sa grande surprise par Alexander Zimmer, le fondateur d'une société de surveillance tentaculaire, à l'oeuvre derrière chaque pandémie, chaque guerre, chaque crise mondiale.
Il quitte alors Rome et sa culture millénaire pour Marbella, la clinquante ville espagnole où Panoptik est implantée, point de ralliement d'une faune fitzgéraldienne, désenchantée, impitoyable. Ici, sur cette première case de son échiquier planétaire, commence l'ultime partie du fondateur.
Mon avis
Je vous préviens tout de suite : ce n'est pas moi qui vais vous présenter longuement Giuliano da Empoli, il faudrait avoir vécu sur la lune ces cinq dernières années pour ne pas avoir entendu parler de ce journaliste et conseiller politique qui vend désormais ses livres par millions !
Jetez un oeil sur mes critiques de ces livres précédents dont le très célèbre (à juste raison) roman Le mage du Kremlin et ses deux essais, Les ingénieurs du chaos et L'heure des prédateurs : pas de doute, da Empoli parle avec pertinence et sagacité de l'évolution de notre monde au cours de ces dernières années.
Avec son second roman, l'auteur italien tout au tant que francophone confirme et va plus loin.
Le fondateur, c'est un essai à peine romancé sur les risques que font peser sur nous dans l'avenir l'évolution foudroyante des technologies et de ceux qui les fabriquent et en tirent les bénéfices, tout autant sous forme financière (la plus visible) que sous forme de pouvoir (peut-être la plus dangereuse).
On retrouve dans ces 280 pages les qualités de narration de da Empoli, avec un récit sec, à l'os, qui n'empêche pas une certaine qualité de style : c'est court, percutant, mais c'est élégant.
La meilleure preuve de la précision charmante de son écriture ? C'est quand il exécute, en quelques phrases sanglantes, la foule de milliardaires et d'influenceurs qui se retrouvent et se regroupent chaque année à Marbella pour vivre "entre soi". C'est sanglant !
Sur le fond, Le fondateur est presque aussi fascinant que Le mage du Kremlin.
Sauf que, paradoxalement, ce que raconte l'auteur italien m'a paru encore plus effrayant car ici, c'est bien notre proche avenir qu'il évoque.
Mixant, d'une certaine façon, les thèmes développés dans son premier roman et dans ses deux essais, il dessine sous nos yeux effarés le mirage mortel d'entrepreneurs géants visant, non pas comme on l'a cru ces dernières années, une domination économique sur le monde mais bien, in fine, une domination totale, politique et sociale.
Le fondateur du roman, c'est un docteur Frankenstein du XXI° siècle qui, donnant vie à sa créature, nourrie d'Intelligence Artificielle, va très vite l'utiliser pour dominer le monde.
Sans jamais oublier qu'il s'agit d'un roman qui, pour démontrer, force parfois un peu le trait, il est indispensable de le lire pour s'informer, nourrir son esprit et sa réflexion.
Vous pensez savoir ce qui nous attend au prochain tournant ? A votre place, je lirais da Empoli, cela vous fournira toutes les raisons de tendre le cou et de regarder un peu plus loin devant vous.
NB - Sans spoiler le moindre du monde l'issue du livre, sachez que le twist final démontre que l'auteur n'est pas l'oiseau de mauvaise augure que certains évoquent : tant que le pire n'est pas arrivé, on peut changer l'avenir.
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