L’heure des prédateurs

Giuliano da Empoli

Gallimard

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Le pitch

"Aujourd'hui, l'heure des prédateurs a sonné et partout les choses évoluent d'une telle façon que tout ce qui doit être réglé le sera par le feu et par l'épée. Ce petit livre est le récit de cette conquête, écrit du point de vue d'un scribe aztèque et à sa manière, par images, plutôt que par concepts, dans le but de saisir le souffle d'un monde, au moment où il sombre dans l'abîme, et l'emprise glacée d'un autre, qui prend sa place."

Giuliano da Empoli nous livre le compte-rendu aussi haletant que glaçant de ses pérégrinations au pays de la puissance, de New York à Riyad, de l'ONU au Ritz-Carlton de MBS. Il nous guide de l'autre côté du miroir, là où le pouvoir s'acquiert par des actions irréfléchies et tapageuses, où des autocrates décomplexés sont à l'affût du maximum de chaos, où les seigneurs de la tech semblent déjà habiter un autre monde, où l'IA s'avère incontrôlable... Aucun doute, l'heure des prédateurs a sonné. L'auteur du Mage du Kremlin les regarde en face, avec la lucidité d'un Machiavel et la hauteur de vue du moraliste.

Mon avis

Si vous avez, comme moi, lu il y a quelques temps Le mage du Kremlin, le roman qui a rendu célèbre instantanément Giuliano da Empoli, vous savez à quel point l'auteur italo-suisse (mais qui écrit en français) peut être impressionnant : style parfait, analyse politique percutante, du grand art.

Avec Les ingénieurs du chaos, essai écrit trois ans plus tôt, vous aviez peut-être apprécié également, sa capacité à passer la politique contemporaine au scanner de son esprit de synthèse.

Avec L'heure des prédateurs (quels autres titres !), cette fois-ci trois ans plus tard, le revoilà essayiste, sur un terrain finalement assez proche de ce dernier  titre.

Sauf que, cette fois-ci, l'ouvrage ne possède pas les qualités des livres précédent.

Un essai, oui, mais comme disait mon pote Cyrano : "C'est un peu court, jeune homme".

160 pages annoncées, 146 hors notes bibliographiques, 135 hors pages de garde et de titre, le tout dans une mise en page très, très aérée : on ne dépasse pas les 160 000 signes, pour une grosse heure de lecture. Voilà pour la quantité.

Sur le fond, il manque clairement un fil conducteur, une colonne vertébrale à l'exposé de l'auteur.

Les chapitres sont comme une succession de cours magistraux, délivrant à chaque fois une idée, une démonstration, une réflexion tirée d'une anecdote vécue par da Empoli au cours de sa vie de conseiller des puissants (Empoli adore se mettre en scène comme accompagnateur privilégié des grands de ce monde).

Ce n'est pas inintéressant, c'est même très pertinent quand il  développe, dans la première moitié de l'essai, une idée lumineuse.

Celle que, au fil des siècles, les périodes de calme et de paix sont survenues quand le coût de l'attaque était supérieur à celui de la défense, les périodes de guerre survenant quand le coût de la défense était supérieur à celui de l'attaque (faites le test : vous verrez que la théorie fonctionne souvent !).

Voilà une analyse qui a de quoi nous terrifier, nous qui découvrons chaque jour le développement de la nouvelle tactique de guerre, celle des drones

Pour le reste, c'est une lecture agréable, mais sans plus.

Nous sommes à l'heure des prédateurs ? Certes, mais que faut-il en tirer comme leçon ? J'attends encore une réponse de l'auteur...

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