Le secret de l’espadon

Edgar P. Jacobs Jacobs

Dargaud

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Le pitch

1947. Alors que dans le monde se multiplient les pactes et les conférences destinées à sauvegarder la paix, le mystérieux « Empire Jaune » de Basam Damdu « l'usurpateur », empereur du Tibet, lance une offensive généralisée.

En quelques heures, la gigantesque armada anéantit les principales villes de la planète. Paris, Londres, Rome, Bombay, sont réduites à l'état de ruines fumantes, la flotte américaine du Pacifique gît au fond de l'océan, tandis que les couleurs de l'empereur sont hissées par ses parachutistes sur les gratte-ciel du nouveau monde...

Cependant, dans la base militaire de Scaw-Fell, en Angleterre, le professeur Mortimer met au point une arme secrète dont la puissance de feu devrait permettre de contrer la fulgurante progression de l'armée « jaune » : l'Espadon.

Mis au courant par ses espions, Olrik, aventurier habile et sans scrupules qui s'est mis au service de l'Usurpateur, attaque la base avec sa flotte aérienne. Le capitaine Blake, de l'Intelligence Service, ainsi que le professeur Mortimer s'enfuient à bord du « Golden Rocket », emportant avec eux les plans de l'Espadon. Ils ne laissent derrière eux que les décombres de Scaw-Fell.

Une fantastique poursuite s'engage alors dans les airs et sur terre entre Olrik, qui veut récupérer les plans, et Blake et Mortimer qui tentent de rejoindre une base secrète du Moyen-Orient où, déjà, s'organise la résistance, et où il leur sera possible de mener à bien la construction de l'engin qui représente le dernier espoir du monde libre : l'Espadon...

Mon avis

Le secret de l'espadon est la première aventure de Blake et Mortimer.

Attention : cette fiche critique porte sur l'intégralité de l'histoire qui, au fil des décennies, a été présentée par Dargaud sous de multiples formats : deux ou trois tomes, intégrale, planches originales, parfois additionnées des illustrations réalisées pour les couvertures du journal Tintin...

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Le secret de l'espadon

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Il suffit de savoir que Le secret de l'espadon se déroule sur 144 planches et que le lecteur désireux de l'acquérir aujourd'hui devra débourser tout de même 45 € pour acheter les trois tomes du "découpage" actuel.

En reprenant ce récit d'un bout à l'autre (il vous faudra plusieurs heures pour venir à bout de ce récit d'aventures de guerre extrêmement denses), on est frappé par trois choses :

1/ Cette oeuvre est l'occasion pour Jacobs de trouver son style graphique définitif.

Au début de l'histoire (à l'exception de quelques pages qui ont visiblement été redessinées après coup), nous sommes encore dans le climat du "prequel" des aventures de Blake & Mortimer, le très célèbre Rayon U, avec un dessin encore "à l'ancienne", très réalistes, des décors très ombrés et des personnages aux traits assez épais.

Quelques cents planches plus loin, tout s'est affiné, stylisé, modernisé.

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Le secret de l'espadon

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2/ Dans cette série d'albums, le texte est déjà très, très présent, envahi parfois les vignettes au point de laisser peu de place au dessin lui-même. Le style littéraire de Jacobs, sa marque (jaune, bien entendu !) est là, indubitablement.

Mais le texte consiste essentiellement en dialogues (comme les personnages sont bavards en pleine action !), les pavés "récitatifs" qui expliquent que ce que le lecteur voit dans la vignette, de manière redondante, ne sont pas encore systématiques.

Plus tard, Jacobs abusera de ce procédé, sans pour autant nuire définitivement à la lisibilité de ses histoires. Ce sont ses successeurs qui, à force d' ajouter des couches de peinture à l'ensemble prestigieux, embourberont les albums dans un cocon étouffe chrétien.

Le secret de l'espadon

3/ Le secret de l'espadon est un pur récit d'aventures et de guerre, aux innombrables rebondissements, à cent mille lieux des récits statiques, des puddings indigestes que nous proposent actuellement les très honorables repreneurs du mythe.

Cela court, saute, se poursuit en voiture, en avion, en bateau, sous les mers, dans les airs.

L'histoire, réalisée en trois ans, de 1946 à 1949, est toute entière imprégnée de la seconde guerre mondiale qui vient de s'achever.

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Le secret de l'espadon

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Si le style récitatif, les invraisemblances, les personnages caricaturaux (et le racisme ordinaire du propos) ont terriblement vieilli, Le secret de l'espadon reste une formidable histoire qu'il faut absolument avoir lu au moins dans sa vie.

Longue gloire à Edgard P. Jacobs !

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