La chute des princes

Robert Goolrick

Anne Carrière / 10/18

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Le pitch

New York, années 1980. Robert Goolrick nous invite au bal des vanités, où une bande de jeunes hommes vont vendre leur âme au dollar et se consumer dans une ronde effrénée, sublime et macabre. Ils ont signé pour le frisson, une place sur le manège le plus enivrant que la vie ait à leur offrir.

Et ces princes vont jouer toute la partie : les fêtes, les drogues, l’alcool, les corps parfaits des deux sexes, les pique-niques dans la vaisselle de luxe, les costumes sur mesure taillés par des Anglais dans des tissus italiens, les Cadillac, le sexe encore et toujours, les suites à Las Vegas, des morts que l’on laisse en chemin mais pour lesquels il n’est pas besoin de s’attarder parce qu’on va les retrouver vite.

Vite, toujours plus vite, c’est la seule règle de ce jeu. Aller suffisamment vite pour ne pas se laisser rattraper. Parce que les princes sont poursuivis par de terrifiants monstres : le sida, les overdoses, le regard chargé de honte de leurs parents, le dégoût croissant de soi-même, un amour s’excusant de n’avoir sauvé personne.

Mon avis

Quand on lit La chute des princes (découvert par pure curiosité, pour la beauté de la photo de la couverture, en édition format poche), on ne peut s'empêcher de faire des rapprochements avec plusieurs livres célèbres.

Un rapprochement, de prime abord, avec le Loup de Wall Street, le récit sidérant et véridique d'un trader qui, au sommet de la bulle financière américaine du début du siècle, part dans tous les excès : argent, fêtes, drogues, sexe. Cela se terminera très mal, comme dans celui-ci.

Mais l'immense différence entre les deux romans tient - outre l'époque (nous sommes ici dans les années 80) - dans l'intention.

Robert Goolrick témoigne, comme Jordan Belfort; mais ce qui n'est chez ce dernier qu'un témoignage, devient ici une véritable oeuvre littéraire.

Goolrick est un superbe écrivain (que je ne connaissais pas) et son style fluide, classique, porte à faux avec les faits racontés sans fards, crus, sordides.

L'autre roman auquel le lecteur pense, rapidement, en découvrant ce court roman, dense et passionnant, c'est au Bûcher des vanités, de Tom Wolfe.

Le bûcher, c'est le roman emblématique de l'Amérique des années 80 et, plus précisément, du New York des années 80 : l'argent, la prétention de ces nouveaux riches qui se pensent au sommet alors qu'ils sont déjà en train de tomber dans l'abîme.

La chute des princes en est l'écho, trente ans plus tard.

La chute des princes, c'est un peu, enfin, le pendant d'American Psycho.

Breast Easton Ellis assèche totalement (et volontairement) son récit du moindre affect, ce qui rend son récit glaçant et, au final, fantasmagorique, alors que Robert Goolrick, lui, choisit la voie (et la voix) du sentiment et du repentir, donnant à son roman, en contrepoint, une couleur de vérité assez étonnante.

Une des deux méthodes est-elle meilleure que l'autre ? Je ne pense par car, dans les deux cas, l'auteur atteint son but : toucher son lecteur au coeur et au cerveau. Impossible d'oublier l'une comme l'autre de ces œuvres.

Trois références d'exception : diantre ! Robert Goolrick a tout pour faire partie des grands !

 

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