Les alcooliques

Jim Thompson

Rivages/Noir

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Le pitch

15 000 dollars ! Voilà ce qu'il devait trouver avant la fin de la journée. Sinon, c'en était fait de sa maison de cure. Il restait pourtant une solution au Docteur Murphy : le cas de la chambre n°4. Pourri de fric, alcoolique et, depuis peu, crétin, grâce à la simple section de quelques fibres nerveuses entre l'encéphale et les lobes frontaux.

Sa famille voulait l'enterrer, ici, loin des feux indiscrets de la rampe , ici, où personne ne pourrait le trouver et où il ne causerait plus d'ennuis. Le Docteur Murphy n'avait qu'à autoriser cet enterrement.

Mon avis

Avec Jim Thompson, les histoires, ce n'était jamais très drôle, ni optimiste.

Au travers des nombreuses critiques de ses livres que vous pourrez découvrir sur ce site, vous comprendrez mieux pourquoi c'est même le terme générique de "roman noir" qui s'est attaché à son œuvre tout au long des années 60 et 70.

A mon goût, c'est bien Thompson le meilleur, dans ce genre.

Des romans courts, terriblement incisifs, peuplés de personnages touchés, abimés par la vie.

Cela finit mal, mais pas toujours, comme ici, car Thompson parvient à glisser dans ses intrigues et ses silhouettes un peu d'humanité et un brin - un petit brin ! - d'optimisme.

Les alcooliques - titre terrifiant dans son sujet explicite -, le lecteur va trouver un peu de tout cela. Une galerie de portraits suffocante de réalisme.

Un exposé de la psyché des personnes touchées par l'alcoolisme d'une précision et d'une subtilité si saisissante qu'on comprend très vite qu'il n'a pu être écrit que par l'un d'entre eux.

Car Jim Thompson était alcoolique et il mourra à 69 ans, le corps usé par son addiction.

Ne vous attendez pas ici à une intrigue complexe, à un polar ou à un thriller suffoquant : le propose de Thompson, c'est de plonger dans cet univers glauque d'un établissement où l'on protège les pensionnaires contre eux-mêmes.

Un peu comme dans Vol au dessus d'un nid de coucou (dont on dit qu'il fut inspiré par Les alcooliques), c'est une analyse de la folie mentale dont est issue le comportement alcoolique que réalise Thompson.

Chaque personnage du roman est incroyablement dessiné.

Les deux principaux sont le docteur Murphy, îlot de bonté et de sincérité dans cet océan de folie, et l'incroyable Miss Baker, cette infirmière dotée d'un terrible défaut de prononciation, que vous ne risquez pas d'oublier de sitôt.

Avec une habileté diabolique, l'auteur achève son roman avec une boucle scénaristique aussi brillante qu'inattendue.

C'est probablement la première fois que je lis l'excipit d'un livre qui introduit si intelligemment son auteur dans le corpus même du roman.

Vous l'avez compris : j'ai adoré. A lire, quand on a les reins assez solides pour cette plongée dans le noir. Avec une petite lueur d'espoir, tout au fond...

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