[Idées lecture] BD : les meilleurs romans graphiques

Posté le 28 septembre 2019, par letournepage, dans Le coin cadeau

[Idées lecture] BD : les meilleurs romans graphiques de l'histoire

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Roman graphique : voilà deux mots a priori bien antagonistes !

D’ailleurs, jusqu’à il y a une génération, le terme n’existait pas, et tant le monde de l’édition que les lecteurs s’en passaient très bien.

Mais, dans les années 80, quelques auteurs géniaux ont tenter de jeter un pont entre le roman – et son récit sous forme de texte – et la Bande Desssinée (BD) et ses graphismes.

Développement né sans doute d’une frustration de certains illustrateurs trouvant le format de la BD classique trop réducteur, ne laissant pas la part assez belle au texte.

Edgard P. Jacobs : voilà l’auteur de BD qui aurait pu inventer le roman graphique, tant ses textes débordaient, bouffait littéralement le cadre étroit de ses vignettes.

Mais le roman graphique n’est pas forcement synonyme de plus de texte.

En fait, l’expression est un faux ami : le roman graphique, c’est une histoire graphique racontée « à la façon » d’un roman.

C’est aussi – et parfois surtout – un récit graphique qui s’affranchit du cadre classique de la BD.

Des vignettes de taille variable.

Des graphismes parfois à la va-comme-j’te-pousse.

Des graphismes et du texte qui, tour à tour dans un même livre, prennent le pas sur l’autre.

Du texte provenant d’un récitant narrateur; ou, au contraire; du soliloque intérieur d’un personnage central.

Vous l’avez compris : le roman graphique, c’est juste « autre chose ».

Grâce à cette nouvelle forme d’expression, certains auteurs ont explosé.

Will Eisner aux U.S., peut-être le vrai père du genre, dans la veine « sortie des comics » (Watchmen suivra, peu après).

Art Spiegelman avec son Maus, premier vrai succès planétaire du genre, qui lui donne ses lettres de noblesse et de sérieux.

Jirô Taniguchi au Japon, un oriental influencé par la BD européenne, dans la veine « sortie des mangas ».

Depuis, cela n’arrête pas, participant au succès croissant de la BD dans l’édition.

On est tout juste au début de l’aventure.

Voici pour vous, par ordre chronologique inversé, une sélection près d’une trentaine d’œuvres formidables qui ont marqué ce premier âge d’or du genre, de 1980 à 2019.

Pas moins de 12 000 pages (oui : 12 000 pages) et des dizaines d’heures de lecture.

Allez-y, piochez : vous y trouverez certainement votre bonheur, même si vous n’aimez pas a priori la BD !

 

Romans graphiques : la nouvelle frontière de la BD

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Speak

Speak – Emily Caroll (2019)

Rue de Sèvres – 376 pages – 20.00 €

Le pitch : « J’aimerais faire un vœu mais je ne sais pas lequel… J’essaie de ravaler la boule que j’ai dans la gorge. Je pourrais leur raconter ce qui est arrivé. Comment réagiraient-ils ?  » Melinda a 15 ans. Ce soir d’été, au beau milieu d’une fête, la jeune fille est victime d’un drame. Elle appelle la police.

Personne ne saura jamais pourquoi elle a lancé cet appel, ni ce qu’il lui est arrivé cette nuit-là. Tout simplement parce que Melinda, murée dans son silence, ne parvient pas l’exprimer…

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Mon avisOne shot qui a fait le buzz dès sa sortie, tout début 2019, Speak est un roman graphique événement à plus d’un titre.

Tout d’abord – et essentiellement – parce que le sujet, adaptation d’un roman de Laurie Halse Anderson, est terriblement dans l’air du temps.

Enfin, depuis quelques années, on parle des viols ‘ordinaires » qui régulièrement, corrompent les relations des adolescents à la fin de leurs études secondaires et qui restent impunis, faute pour les victimes traumatisées de parvenir à s’exprimer et à porter plainte.

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Speak

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Mais Speak n’est pas qu’un sujet porteur, c’est aussi une oeuvre littéraire de qualité.

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Moi, ce que j'aime, c'est les monstres

Moi ce que j’aime, c’est les monstres – Emil Ferris (2017)

Monsieur Toussaint Louverture – 416 pages – 34.90 €

Le pitch : Chicago, fin des années 1960. Karen Reyes, dix ans, adore les fantômes, les vampires et autres morts-vivants. Elle s’imagine même être un loup-garou: plus facile, ici, d’être un monstre que d’être une femme. Le jour de la Saint-Valentin, sa voisine, la belle Anka Silverberg, se suicide d’une balle dans le coeur. Mais Karen n’y croit pas et décide d’élucider ce mystère.

Elle va vite découvrir qu’entre le passé d’Anka dans l’Allemagne nazie, son propre quartier prêt à s’embraser et les secrets tapis dans l’ombre de son quotidien, les monstres, bons ou mauvais, sont des êtres comme les autres, ambigus, torturés et fascinants.

Journal intime d’une artiste prodige, Moi, ce que j’aime, c’est les monstres est un kaléidoscope brillant d’énergie et d’émotions, l’histoire magnifiquement contée d’une fascinante enfant. Dans cette oeuvre magistrale, tout à la fois enquête, drame familial et témoignage historique, Emil Ferris tisse un lien infiniment personnel entre un expressionnisme féroce, les hachures d’un Crumb et l’univers de Maurice Sendak.

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Moi, ce que j'aime, c'est les monstres

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Mon avis : La rentrée littéraire 2018 aura été marqué par l’incroyable buzz généré par la sortie de ce roman graphique (ou du moins : de la première partie de cette oeuvre monumentale).

Il faut dire que le livre d’Emil Ferris (c’est une femme) est en lui-même un objet extraordinaire : incroyablement massif, épais, grand et large, l’album – dont le visage de femme figurant sur la  couverture crayonnée saute littéralement au visage du lecteur curieux – est tout simplement hors norme.

Deux kilos de papier, imprimé comme s’il s’agissait d’un énorme cahier d’écolier, sur des feuilles à carreau avec une reliure spirale en trompe-l’œil : un travail d’édition remarquable, bravo aux éditions Monsieur Toussaint Louverture !

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Moi, ce que j'aime, c'est les monstres

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Et là, je ne vous parle que de l’extérieur du livre, car si vous ouvrez l’objet c’est… woww !

Unbeliveable ! Un torrent de plus de 400 planches recouvertes – sans le moindre espace libre – de graphismes crayonnés (essentiellement au bic noir ou bleu) aux reliefs fabuleux…

Comment décrire l’impression que peut procurer la vision de ces dessins fantastiques (dans tous les sens du terme !) ?

Comment ? C’est impossible, il faut aller le voir pour comprendre.

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Une soeur

Une soeur – Bastien Vivès (2017)

Casterman – 212 pages – 20 €*

Le pitch : « – Y a beau avoir plein de monde, j’ai toujours l’impression d’être toute seule.

– Même quand t’es avec nous ?

– Non, avec vous c’est chouette. »

Après Polina, le nouveau roman graphique de Bastien Vivès !

Mon avis : Une histoire toute simple. L’été, en Bretagne. Les vacances dans la maison de famille. Un jeune couple et leurs deux garçons, Antoine, 13 ans, et son petit frère.

Comme chaque année, les deux mois de villégiature seront occupés à profiter de la plage, manger des classes, traquer les pokémons.

Sauf  qu’Hélène, une adolescente plus âgée qu’Antoine, la fille d’amis, débarque dans la maison, et plus rien n’est comme avant.

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Une soeur

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Ballet des cœurs, des corps, troubles d’adolescents, émois amoureux et sensuels, l’été restera comme un souvenir inoubliable dans leur mémoire.

Voilà. Le roman graphique de Bastien Vivès n’est rien de plus que cela. La chronique d’un été adolescent, la douce parenthèse enchantée des premiers pas vers l’age adulte.

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Joséphine Baker

Joséphine Baker -Catel & Bocquet (2016)

Casterman – 564 pages – 26.95 €*

Le pitchJoséphine Baker a 20 ans quand elle débarque à Paris en 1925. En une seule nuit, la petite danseuse américaine devient l’idole des Années Folles, fascinant Picasso, Cocteau, Le Corbusier ou Simenon.

Dans le parfum de liberté des années 1930, Joséphine s’impose comme la première star noire à l’échelle mondiale, de Buenos Aires à Vienne, d’Alexandrie à Londres. Après la guerre et son engagement dans le camp de la résistance française, Joséphine décide de se vouer à la lutte contre la ségrégation raciale.

La preuve par l’exemple : au cours des années 1950, dans son Château des Milandes, elle adopte douze orphelins d’origines différentes, la tribu arc-en-ciel. Elle chantera l’amour et la liberté jusqu’à son dernier souffle.

Mon avisJoséphine Baker, c’est le troisième volet de la trilogie biographique de Catel Muler (dîtes Catel) et José-Louis Bocquet. Paru en 2016, cette bio graphique fait suite au succès (croissant) rencontré par Kiki de Montparnasse en 2007 puis Olympes de Gouges en 2012.

A chaque fois, l’entreprise – considérable ! – représente plus de 400 planches (ici, près de 600 !) illustrées par une femme pour raconter, en prenant son temps, la vie d’une figure du féminisme.

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Joséphine Baker

Disons le tout net : la critique et les lecteurs de ce magnifique roman graphique ont fini de consacrer le couple d’auteurs, et c’est amplement justifié !

Il faut avouer qu’avec Joséphine Baker, Catel & Bocquet ont joué sur du velours : sa vie et sa personnalité sont à tous points de vue hors du commun, exceptionnels, étonnants… les superlatifs me manquent !

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Le rapport de Brodeck – 2 tomes – Manu Larcenet (2015)

Editions Dargaud – 328 pages – 2 * 22.50 €

Le pitch : Manu Larcenet s’attaque pour la première fois à une adaptation, celle du chef-d’oeuvre de Philippe Claudel, Le Rapport de Brodeck. Mais lorsque l’auteur de Blast et du Combat ordinaire s’empare du texte, c’est pour le faire sien et lui donner une nouvelle vie, éclatante, sombre et tragique.

Des pages d’une beauté stupéfiante, magnifiant la nature sauvage et la confrontant à la petitesse des hommes ; une plongée dans les abîmes servie par un noir et blanc sublime et violent.

Un très grand livre.

Mon avis : Larcenet, depuis le choc des quatre tomes de Blast, il y a quelques années, est devenu une véritable référence en matière de dessin réaliste.

Enfin… réaliste n’est peut-être pas le bon terme car le style graphique de Larcenet est reconnaissable dès la première planche, avec ses personnages aux longs nez, aux visages durs…

Que du noir et blanc, le blanc servant à souligner le noir du dessin, mais aussi de l’histoire.

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Manu Larcenet a décidé cette fois d’adapter le très grand roman de Philippe Claudel, Le rapport de Brodeck, en deux tomes, et cette adaptation est comme une évidence… et presque une redondance, car le dessin de l’auteur cadre exactement avec l’ambiance, l’atmosphère terriblement pesante de cette tragédie.

Au fin fond de la campagne, au milieu de la forêt de de la neige,à la sortie de la seconde guerre mondiale…

Je ne vous en dis pas plus. Ce n’est pas une oeuvre gaie, vous l’avez deviné, mais le texte est magnifique et les dessins…. quelques vignettes pour vous permettre d’apprécier :*

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Le sculpteur

Le sculpteur – Scott McCloud (2015)

Rue de Sèvres – 485 pages – 25 €

Le pitch : David Smith consacre sa vie à l’art – jusqu’à l’extrême. Grâce à un pacte avec le diable, le jeune artiste voit son rêve d’enfance réalisé : pouvoir sculpter tout ce qu’il souhaite, à mains nues.

Mais ce pouvoir hors norme ne vient pas sans prix…

Il ne lui reste que 200 jours à vivre, pendant lesquels décider quoi créer d’inoubliable est loin d’être simple. D’autant que rencontrer l’amour de sa vie le 11e jour ne vient rien faciliter !

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Mon avis : A la lecture du pitch, impossible bien entendu de ne pas évoquer le mythe de Faust.

Vendre littéralement son âme au diable pour accomplir le destin dont on rêve, voilà la tentation à laquelle le héros est soumis – et à laquelle il va succomber.

Mais Le sculpteur n’est pas qu’une enieme resucée de ce bon vieux mythe : non, c’est un roman graphique d’une très grande richesse que propose le célèbre auteur Scott Mc Cloud.

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Le sculpteur

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500 pages, voilà qui n’est pas courant, même si les planches  comportent très peu de dialogues et si l’ensemble se lit en deux heures.

Mais deux heures… d’une traite, car c’est un Tourne Page réalisé de main de maître que voilà !

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Le sculpteur

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Beaucoup d’émotion(s) dans ce récit où McCloud joue avec tous les codes de la BD.

Story telling impeccable, mise en page brillante – véritable exercice de style par moment -, jeux de couleurs à la fois d’une grande simplicité (du noir, du blanc, et des dégradés de gris et de bleu, that’s all) et d’une grande beauté visuelle…

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Le sculpteur

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Si vous aimez l’art, le fantastique, les récits romantiques et les romans graphiques, ce pavé est pour vous.

Et si ce n’est pas le cas… et bien tentez quand même votre chance, il serait dommage de passer à côté d’une oeuvre aussi intense et originale !

L'arabe du futur T1

L’arabe du futur (4 tomes) – Riad Sattouf (2014 à 2019)

Allary éditions –   3*160 pages + 1*280 pages – 92 € au total

Le pitch : Né en 1978 d’un père syrien et d’une mère bretonne, Riad Sattouf grandit d’abord à Tripoli, en Libye, où son père vient d’être nommé professeur. Issu d’un milieu pauvre, féru de politique et obsédé par le panarabisme, Abdel-Razak Sattouf élève son fils Riad dans le culte des grands dictateurs arabes, symboles de modernité et de puissance virile.

En 1984, la famille déménage en Syrie et rejoint le berceau des Sattouf, un petit village près de Homs. Malmené par ses cousins (il est blond, cela n’aide pas…), le jeune Riad découvre la rudesse de la vie paysanne traditionnelle.

Son père, lui, n’a qu’une idée en tête : que son fils Riad aille à l’école syrienne et devienne un Arabe moderne et éduqué, un Arabe du futur.

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Mon avis : Le premier tome d’un époustouflant roman graphique.

Il s’agit de l’autobiographie de Riad Sattouf, auteur, illustrateur, réalisateur, connu notamment pour sa BD Pascal Brutal. Il tient désormais également une page hebdomadaire dans l’Obs (Les cahiers d’Esther) avec un succès grandissant.

Ce roman est une plongée tout à la fois drôle, nostalgique et parfois très dure dans le Moyen-Orient des années 80.

C’est, en quelque sorte, le pendant libyen (premier tome) et syrien (deuxième tome) du roman graphique de Marjane Satrapi Persépolis qui se déroule en Iran exactement à la même époque.

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L'arabe du futur T1

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Le style graphique de Riad Sattouf, très BD belge (donc sans aucun réalisme) est immédiatement reconnaissable.

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Cité 14 - Saison 1 - Intégrale

Cité 14 (2 tomes) – P. Gabus & R. Reutimann (2012 à 2014)

Les humanoïdes associés – 658 pages  – 2*29.90 €

Le pitch : Cité 14 : une mégalopole labyrinthique où cohabitent humains, animaux et extraterrestres, une Tour de Babel décadente dans laquelle macèrent luxe et anarchie, abondance et crime.

C’est dans ce grouillement urbain incessant qu’un étrange personnage, Michel, un éléphant fraîchement débarqué d’un bateau d’immigrants, pose son sac, le temps d’être pris malencontreusement au milieu d’une fusillade…

Avec Hector, un journaliste opiniâtre, il ne va pas tarder à former un duo de choc, pour le compte d’un journal à sensations. Comme si la Cité 14 pouvait livrer ses vrais secrets ou se laisser enfermer dans les colonnes d’une feuille de chou !

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Mon avis : En 2007, les éditions Paquet lancent un projet courageux et original : publier une série proposée chaque mois par l’intermédiaire d’un petit fascicule de 22 planches à la couverture souple, correspondant à un épisode, vendu 1 €.

Cette série, en noir et blanc, était prévue se dérouler en deux ou trois «  »saisons » de 12 épisodes.

Malgré la qualité manifeste (je dirais pour ma part exceptionnelle) de ce « feuilleton » réalisé grâce au talent de scénariste de Pierre Gabus et la performance graphique de Romuald Reutiman (je ne sais pas si vous saisissez la performance remarquable : dessiner 22 planches par mois !), l’expérience tourna court, les ventes étant insuffisantes.

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Cité 14 - Saison 1*

Heureusement pour les lecteurs, le projet fut repris par Les humanoïdes associés (merci à eux !).

En 2011, l’éditeur republia la première saison en 4 tomes regroupant chacun 3 épisodes.

Une édition sous une couverture semi souple, en couleur, au format très agréable à lire (20*27), qui permit aux auteurs de se lancer dans une seconde saison encore plus ambitieuse (voir mon avis par ailleurs).

Toute cela pour vous expliquer à quel point cette bande dessinée, unique dans sa conception, l’est également dans sa réalisation.

Couronnée en 2012 à Angoulême comme meilleure série de l’année, Cité 14 accéda alors à une reconnaissance méritée, sans atteindre à la notoriété et au succès commercial qu’elle méritait.

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Polina

Polina – Bastien Vivès (2011)

Rue de Sèvres – 210 pages – 20.00 €

Le pitch :  » Il faut être souple si vous voulez espérer un jour devenir danseuse. Si vous n’êtes pas souple à 6 ans, vous le serez encore moins à 16 ans. La souplesse et la grâce ne s’apprennent pas. C’est un don. Suivante… « 

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Mon avis : Grand prix de la critique BD 2012 et BD Awards 2012 du meilleur dessin.

J’ai découvert Bastien Vivès tardivement, grâce au merveilleux roman graphique Une soeur, qui a été accueilli par la critique et les lecteurs avec enthousiasme. Enfin, Vivès touche au grand succès, mérité !

Mais en lisant aujourd’hui Polina, je constate que l’auteur dont les graphismes totalement épurés m’avaient épatés dans Une soeur, est aussi un grand écrivain.

Une oeuvre qui date de 2011 et dont la maturité de narration est tout à fait bluffante.

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Polina - Bastien Vivès

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Pourtant, l’histoire à travers les années qui passent d’une jeune fille qui tente de devenir une grande danseuse n’avait a priori rien pour m’attirer (c’est d’ailleurs pour cela que j’ai mis si longtemps pour découvrir le contenu de cet album à la couverture rose bonbon).

Mais dès les premières planches, je suis tombé dans le piège tendu par Bastien Vivès.

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Cadavre exquis

Cadavre exquis – Pénélope Bagieu (2010)

Gallimard jeunesse – 128 pages – 17.50 €

Le pitch : Zoé a un boulot pas drôle : elle est hôtesse d’accueil dans les salons – de l’automobile ou du fromage – et doit faire bonne figure, debout toute la journée avec des chaussures qui font mal aux pieds.

Le jour où elle rencontre Thomas Rocher, écrivain à succès, la vie semble enfin lui sourire.

Mais pourquoi Thomas ne sort-il jamais de son grand appartement parisien ? L’amour peut-il vivre en huis clos ? Et quel est dans cette histoire le rôle d’Agathe, la belle, froide et machiavélique éditrice de l’écrivain ?

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Mon avis : Pénélope Bagieu, avec son blog charmant et impertinent, a acquis il y a maintenant près de dix ans (et oui, le temps passe, même pour les blogueuses !) la faveur de toutes les (jeunes) femmes françaises.

Puis elle a enchaîné sur les aventures de Joséphine, qui ont fait un carton, immédiatement portées (deux fois) à l’écran.

Avant de s’attaquer à ses bio express Culottées, deux tomes (pour l’instant),qui ont fait un tabac. Wow ! Cette Pénélope est une sacrée travailleuse, elle (…), et une success woman !

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Et je découvre aujourd’hui qu’en 2010, elle a écrit et réalisé toute seule, comme une grande, un roman graphique intitulé Cadavre exquis.

Peut-être un navet, pour une fois ? Eh bien non !

Cette BD est aussi charmante, culottée et hilarante que le reste de son oeuvre ! De quoi être dégoutté, comment peut-on avoir autant de talent !

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Blast - Grasse carcasse

Blast (4 tomes) – Manu Larcenet (2009 à 2014)

Dargaud – 816 pages – 45.00 € (Intégrale)

Le pitch : Je pèse lourd. Des tonnes. Alliage écrasant de lard et d’espoirs défaits, je bute sur chaque pierre du chemin. Je tombe et me relève, et tombe encore.

Je pèse lourd, ancré au sol, écrasé de pesanteur. Atlas aberrant, je traîne le monde derrière moi.

Je pèse lourd. Pire qu’un cheval de trait. Pire qu’un char d’assaut. Je pèse lourd et pourtant, parfois, je vole.

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Mon avis : BLAST est un OVNI qui plane dans le ciel de la BD française depuis 2009, un roman graphique hors norme, 800 planches en quatre volumes sur six ans. Une somme.

On la doit à Manu Larcenet, le dessinateur à succès de la série Le retour à la terre (scénario de Ferri) puis, en tant qu’auteur complet, de la formidable série Le combat ordinaire.

Blast - Grasse carcasse

Un Larcenet dont le style, très reconnaissable, petits personnages très crobardés, avec des planches aux toutes petites cases et aux couleurs vives, est ici complètement modifié.

Explosé, devrais-je dire, car BLAST, ce sont des planches avec de grandes cases (parfois un dessin unique), en noir et blanc, à l’aquarelle.

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Blast - Grasse carcasse

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Tamara Drewe

Tamara Drew – Posy Simmonds (2008)

Denoël graphics – 136 pages – 19.90 €*

Le pitch : Avec son nez refait, ses jambes interminables, ses airs de princesse sexy, son job dans la presse de caniveau, ses aspirations à la célébrité et sa facilité à briser les cours, Tamara Drewe est l’Amazone urbaine du XXIe siècle.

Son retour à la campagne, dans le village où a vécu sa mère, est un choc pour la petite communauté qui y prospère en paix.

Hommes et femmes, bobos et ruraux, auteur à gros tirage, universitaire frustré, rock star au rancart, fils du pays, teenagers locales gavées de people, tous et toutes sont attirés par Tamara, dont la beauté pyromane, les liaisons dangereuses et les divagations amoureuses éveillent d’obscures passions et provoquent un enchaînement de circonstances aboutissant à une tragédie à la Posy Simmonds, c’est-à-dire à la fois poignante et absurde.

Librement inspiré du roman de Thomas Hardy Loin de la foule déchaînée, un portrait à charge délicieusement cruel et ironique de l’Angleterre d’aujourd’hui.

Mon avis : J’ai découvert Tamara Drewe par le biais de son adaptation au cinéma par Stephen Frears, en 2010.

Comme beaucoup, j’étais tombé sous le charme de la charmante (et excellente) actrice Gemma Arterton et la fraîcheur du scénario, malin et drôle,  sans savoir qu’il y avait un roman graphique avant la film.

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Il est à noter que c’est également cette actrice qui interprétera cinq ans plus tard le rôle de Gemma Bovary, film adapté de l’autre roman graphique de Posy Simmonds.

Posy Simmonds est extrêmement connu, et reconnu en Angleterre.

Egalement auteure de livres pour enfants, elle mérite amplement son succès, de par la qualité de son écrire, la fraîcheur de ses graphismes, et la pertinence de son humour caustique et terriblement piquant, so british

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Chroniques birmanes

Chroniques birmanes – Guy Delisle (2007)

Rue de Sèvres – 262 pages – 16.95 €

Le pitch : Après la Corée (Pyongyang) et la Chine (Shenzhen), Guy Delisle nous invite à découvrir la Birmanie, où il a suivi sa femme pendant 14 mois, alors qu’elle était en mission avec Médecins sans frontières.

De sa position d’observateur, il capte et s’en tient à ce qu’il entend, ce qu’il remarque.

Témoin curieux et souvent perplexe du quotidien, il y raconte son expérience avec simplicité, humour tout en présentant la réalité politique, sanitaire et sociale de ce pays dominé par la junte militaire.

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Mon avis : Il y a encore une douzaine d’années, les journalistes et les expatriés qui souhaitaient transmettre une partie de leurs souvenirs et de leur expérience à l’étranger le faisaient, soit par un récit de voyage, un essai, ou par le biais d’un livre de photos accompagnées d’un texte plus ou moins élaboré.

Désormais, le roman graphique a remplacé, souvent avantageusement, tous ces modes d’expression.

En quelques centaines de page, l’auteur(e) peut, avec un seul médium, faire passer autant d’informations et d’images qu’il le désire.

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Chroniques birmanes

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Soit pour raconter des souvenirs d’enfance,dans un contexte « exotique » plus ou moins frappant (les plus célèbres sont sans doute Marjane Satrapi avec Persépolis, Craig Thompson avec Blankets, puis Riad Sattouf, avec L’arabe du futur).

Soit pour parler des expériences plus ancrées dans l’actualité, et là, c’est Guy Delisle, le canadien d’origine qui voyage en Asie ou au Moyen-Orient, qui est la référence.

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Kiki de Montparnasse

Kiki de Montparnasse – Catel & Bocquet (2007)

Casterman BD – 413 pages – 24.95 €

Le pitch : Dans le Montparnasse de bohème et de génie des années 1920, Kiki réussit à s’extraire de la misère pour devenir l’une des figures les plus charismatiques de l’avant- garde de l’entre-deux-guerres.

Compagne de Man Ray auquel elle inspirera ses photos les plus mythiques, elle sera immortalisée par Kisling, Foujita, Per Krohg, Calder, Utrillo ou Léger.

Mais si Kiki est la muse d’une génération qui cherche à évacuer la gueule de bois de la Grande Guerre, elle est avant tout une des premières femmes émancipées de ce siècle. Au-delà de la liberté sexuelle et sentimentale qu’elle s’accorde, Kiki s’impose par une liberté de ton, de parole et de pensée qui ne relève d’aucune école autre que celle de la vie…

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Mon avis : Kiki de Montparnasse, c’est le premier volet de la trilogie biographique de Catel Muler (dîtes Catel) et José-Louis Bocquet.

Parue en 2007, cette bio graphique rencontrera un tel succès (commercial et estime), qu’elle sera suivie en 2012 par celle d’Olympes de Gouge, puis en 2016, de celle consacrée à Joséphine Baker.

A chaque fois, plus de 400 pages illustrée par une femme pour raconter, en prenant son temps, la vie d’une figure du féminisme.

Kiki, comme l’explique très bien le pitch, fut une figure du Montparnasse de la grande époque (que vous pourrez découvrir en détails, par exemple, dans l’essai de Dan Franck Bohèmes).

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Kiki de Montparnasse

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Ce qui est fascinant, avec Kiki, c’est de voir comment une petite provinciale, douée d’aucun talent particulier, d’une beauté somme toute assez commune (les traits de son visage ne sont pas d’une grande finesse, elle a un grand nez, et elle manque complètement de la plus élémentaire distinction) et d’une intelligence loin d’être exceptionnelle, parviendra à attirer en quelques années autant de grands talents, dont elle deviendra la muse.

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Kiki de Montparnasse

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Aya de Yopougon – Intégrale 2 tomes 1 & 2 (2005 à 2010)

 M. Abouet & C. Oubrerie

Gallimard Jeunesse –  760 pages – 2 * 37 €

Le pitch : Côte d’Ivoire, fin des années 1970. Aya, dix-neuf ans, vit à Yopougon, un quartier populaire d’Abidjan rebaptisé Yop City, « pour faire comme dans les films américains ». Aya a décidé de devenir médecin et d’éviter la fameuse « série C »: Couture, Coiffure et Chasse au mari.

Ses amies Bintou et Adjoua, elles, s’y voient déjà et ne pensent qu’à déjouer l’attention paternelle pour passer leurs soirées au Ça va chauffer et leurs nuits à « l’hôtel aux mille étoiles »…

Avec une voix et un humour inédits, Aya raconte une Afrique bien vivante, loin des clichés.

Mon avis : Comment ça, vous ne connaissez pas Aya ? Aya de Yopougon ? Non ? Incroyable !

Pourtant, votre œil a déjà dû être attiré par les couvertures aux couleurs éclatantes des six gros tomes de la série, pour cette BD qui tient d’ailleurs plus du roman graphique…

Mais si ce n’est pas le cas, c’est le moment de rattraper le temps perdu, car la série est désormais terminée, et Gallimard Jeunesse a la bonne idée de la publier dans une très belle intégrale en deux volumes.

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La couleur, les lumières de l’Afrique noire c’est ce qui saute aux yeux du lecteur dès qu’il ouvre le premier tome de cette très longue histoire (760 planches).

Mais, très vite, on plonge dans cette chronique au quotidien de la vie de très nombreux personnages qui, dans les années 70, naviguent entre traditions et modernité.

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Le dessin n’est pas réaliste, on penserait presque à un livre pour enfant, mais pas du tout : ce que vous raconte Marguerite Abouet, ce sont des histoires très réelles, parfois crues, dures, mais souvent hilarantes, avec des dialogues qui fusent, incessants, dans tous le sens, comme des missiles à courte portée.

Pour photographier cet univers, la focale utilisée est féminine et, au travers de ce prisme sexué, les personnages masculins sont souvent ridicules, pitoyables.

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Sautez avec délice sur ces chroniques qui vous tiennent par le bout de la barbichette (c’est un vrai Tourne Page) pendant des heures. Je suis très étonné que la saga n’ait pas encore fait l’objet d’une adaptation en série.

J’imagine que cela sera fait un jour.

Walking Dead

Walking dead (32 tomes) – R. Kirkman & C. Adlard (2003 à 2019)

Delcourt – 304 pages – 24.95 € (Intégrale T1)

Le pitch : Le monde tel que nous le connaissions n’existe plus. La Terre, ravagée par une mystérieuse épidémie, est devenue un cimetière à ciel ouvert.

Pire, les morts errent à la recherche des derniers humains pour s’en repaître. Parmi les survivants, Rick, policier, se réveille d’un long coma pour découvrir ce que son monde est devenu. Le choc passé, il doit apprendre à survivre…

Impossible d’échapper au phénomène Walking Dead ! Laissez vous prendre avec la première intégrale regroupant les 21 premiers tomes de la série.

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Mon avis : Parler d’une BD aussi longue, adaptée en série TV (tout aussi longue), voilà une gageure que je tente, même si je ne vais pas y passer la journée.

Pour ceux qui n’ont jamais lu ou vu, ni l’une, ni l’autre (il y en a) : vous êtes donc un néophyte, sans trop d’a priori, comme moi en 2009, quand j’ai commencé à acheter les volumes de la série.

Chez Delcourt, format intermédiaire (16*25), papier médiocre, entièrement en noir et blanc, 140 planches par tome, prix très élevé pour un format de ce type (14.95 € en 2019), plus raisonnable en passant par les volumes « intégrales ».

Walking Dead

Si vous n’aimez pas le fantastique, et encore moins les zombies et le gore : passez tout de suite votre chemin ! Vous risquez, au mieux, de vomir tripes et boyaux.

Si ce préalable ne vous a pas dégoutté : laissez tomber vos a priori, et tentez votre chance !

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Walking Dead

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Oui, c’est une histoire de zombies, oui, c’est ultra-violent… mais cette histoire d’hommes et de femmes tentant de rester en vie dans un environnement totalement hostile (des millions d’hommes devenus des morts-vivants et des survivants humains prêts à tout pour sauver leur peau) est beaucoup plus subtile qu’il n’y parait.

Vous découvrirez rapidement qu’au delà du suspense, cette aventure est une parabole sur l’Humanité (avec un grand H) comme vous en aurez peu lu.

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Blankets

Blankets – Craig Thompson (2003)

Casterman BD – 592 pages – 27.95 €

Le pitch : Drôle d’enfance pour Craig. Il grandit dans un cadre idyllique, celui d’une ferme isolée dans les bois du Wisconsin, où il côtoie biches, renards, ours, blaireaux…

En revanche, la petite ville où il va à l’école est emblématique de l’Amérique profonde : repliée sur elle-même, violente, raciste. Une intolérance subie de plein fouet, à laquelle vient s’ajouter une culpabilité omniprésente entretenue par son éducation ultra-catholique.

Lassé de l’autoritarisme de son père et des brimades vécues à l’école, Craig se réfugie dans le dessin, « plaisir frivole » dont s’efforcent de le détourner ses éducateurs.

Son sentiment de culpabilité atteint son paroxysme lorsqu’il tombe raide amoureux de Raina, rencontrée dans un camp de vacances paroissial. Une passion qu’il parviendra tout de même à vivre jusqu’au bout… et qui lui redonnera goût au dessin, pour notre plus grand bonheur !

 Blankets

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Mon avis : Blankets est un des livres que j’ai le plus offert autour de moi ces dernières années.

C’est un signe de l’intérêt profond que je porte à ce merveilleux roman graphique.

C’est aussi un témoignage de la magie de ce livre : il délivre un formidable message de générosité qui, je l’espère, continuera à diffuser autour de moi grâce aux cadeaux que j’aurais pu faire.

Blankets

Craig Thompson est un auteur miraculé : jamais son éducation n’aurait dû lui permettre d’aboutir à ce qu’il est aujourd’hui, c’est à dire un auteur reconnu dans le monde entier grâce, notamment, à ces 600 planches.

Élevé dans une famille de chrétiens fondamentalistes où l’accès lui-même à la lecture en dehors de la bible était une forme d’hérésie, il a pourtant su sortir de son milieu culturel et conjurer, en quelque sorte, au travers de cette autobiographie (le héros EST l’auteur, physiquement et moralement) qui a représenté pour lui quatre longues années d’effort et de thérapie, les peurs et tabous de son enfance.

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Blankets

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Le sommet des Dieux - T1

Le sommet des dieux (5 tomes) – Jirö Tanigucchi (2000 à 2003)

Kana – 5* 338 pages – 5*18.00 €

Le pitch : Dans une petite boutique népalaise, Fukamachi tombe sur un appareil photo qui pourrait bien être celui de George Mallory, le célèbre alpiniste qui fut le premier à essayer de vaincre l’Everest.

Mallory disparût avec Andrew Irvine, lors de cette ascension en 1924, sans que l’on puisse savoir s’ils sont parvenus au sommet. Et si c’était seulement lors du chemin du retour qu’ils avaient eu cet accident fatal? Cela changerait l’histoire de l’alpinisme!

C’est sur cette passionnante question que s’ouvre le chemin initiatique de Fukamachi qui sera amené à faire la rencontre de figures hautes en couleurs.

Le dépassement de soi, l’aventure, la passion de la montagne sont les leitmotivs de cette formidable aventure signée Jirô Taniguchi!

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Mon avis : Le maître Jîro Tanigushi se lance, début 2000, dans l’adaptation en manga (bien que je préfère parler de BD pour évoquer l’oeuvre de Tanigushi, fortement imprégné de culture BD occidentale) du Sommet des dieux, le best-seller japonais de Baku Yumemakura.

A cet instant, certains de ses fans – et dieu sait s’ils sont nombreux de par le monde – ont du être un peu interloqué par son choix.

Car si le roman de Yumemakura était alors extrêmement populaire, son cadre était très éloigné de l’univers habituel de Jiro Tanigushi.

La haute montagne, l’alpinisme de très haut niveau : rien à voir avec les récits urbains du grand dessinateur.

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Pourtant, quatre ans plus tard, quand Tanigushi achève la création de cette immense fresque sur la montagne et les hommes qui se déploie sur plus de 1 500 planches (!), personne ne peut encore douter : Le sommet des dieux est un chef d’oeuvre, sans doute, en quelque sorte, le Guerre et paix de l’illustrateur !

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Persépolis

Persépolis – Marjane Satrapi (2000 à 2003)

L’association – 365 pages – 36 €

Le pitch : Persépolis est une série de bandes dessinées autobiographique en noir et blanc publiée en 4 volumes par L’Association entre 2000 et 2003, puis republiée en un seul volume.

L’auteur y retrace les étapes marquantes qui ont rythmé sa vie, de son enfance à Téhéran pendant la révolution islamique à son entrée difficile dans la vie adulte en Europe.

À la fois témoignage historique et réflexion sur l’identité et l’exil, Persépolis est le plus grand succès éditorial de la bande dessinée alternative européenne des années 2000. Très bien reçu par la presse, il a fait de Satrapi l’un des auteurs francophones les plus reconnus.

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Mon avis : Persépolis est, sans doute, l’oeuvre qui a vraiment permis au genre « roman graphique » d’acquérir en France ses lettres de noblesse, et d’atteindre la tête des listes de best-sellers.

Ce succès est parfaitement mérité : avec des graphiques volontairement simples, sans aucune volonté de réalisme, à la limite de la stylisation enfantine, Marjane Satrapi embarque ses lecteurs dans une aventure à double niveau.

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D’un côté l’enfance, puis l’adolescence et le passage à l’âge adulte d’une petite Iranienne ; de l’autre les grands bouleversements de la révolution iranienne.

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Quartier lointain

Quartier lointain – Jirô Taniguchi (1998)

Casterman – 405 pages – 24.95 €

Le pitch : De retour d’un voyage d’affaires, Hiroshi fait un détour involontaire par sa ville natale, où il perd connaissance.

A son réveil, il retrouve son corps d’adolescent et son passé. Une chance inespérée d’empêcher l’événement qui va bientôt déchirer sa famille ?

Quartier lointain nous invite à nous demander comment poser, au-delà de l’amour filial, un regard adulte sur les choix de nos parents.

Mon avisQuartier lointain est l’oeuvre la plus connue de Jîro Taniguchi, le maître de la BD (et du manga) japonais qui nous a quitté en février 2017. Cette célébrité est parfaitement justifiée car ce roman graphique de 400 pages est un chef d’oeuvre.

Vous avez lu le pitch, d’une simplicité extrême. Que se passerait-il , alors que vous avez dépassé le mitan de votre vie, marié, avec des enfants, vous vous retrouviez soudain transporté plus de trente ans en arrière, dans votre corps d’enfant/adolescent, en gardant votre conscience et votre mémoire d’adulte ?

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Quartier lointain

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Comment réagiriez-vous si vous réalisiez que l’histoire n’est pas figée, que vous avez la possibilité d’influer sur le cours de votre existence et sur celle de vos proches ?

Sur ce point de départ simplissime, qui n’est pas sans rappeler Replay, de Ken Grimwood, cet autre chef d’oeuvre que je vous invite à lire (à tout prix !), le maître japonais exploite avec sa subtilité psychologique habituelle le thème de l’enfance et du rapport au père, que l’on retrouve traité dans d’autres de ces œuvres (ex : Le journal de mon père).

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Black hole

Black hole – Charles Burns (1995 à 2005)

Delcourt – 300 pages – 29.95 €

Le pitch : C’était comme une horrible partie de chat… On finit par découvrir qu’il s’agissait d’une nouvelle maladie qui n’affectait que les adolescents. On la surnomma la  » peste ado  » et  » la crève « . Les symptômes en étaient aussi variés qu’imprévisibles…

Certains s’en tiraient à bon compte – quelques bosses ou une vilaine éruption cutanée -, d’autres devenaient des monstres ou il leur poussait de nouveaux membres… mais quels que fussent les symptômes, une fois touché, on était  » le chat  » pour toujours.

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Black hole

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Mon avis : Black hole est un drôle de bouquin.

Un roman graphique de trois cents planches (!) publié initialement en six volumes, mais que vous trouvez facilement en intégrale.

Pendant plusieurs années, j’ai flirté avec le livre dans les librairies : attiré par sa couverture et les illustrations en noir et blanc incroyablement graphiques, j’ai parcouru le volume, sur le point de l’acheter puis, à chaque fois, je l’ai reposé, car mon œil était tombé sur quelques planches où il se passait des choses tellement étranges que j’en étais choqué…

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Black hole

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Un roman graphique pour post-adolescent, parfois obscène, souvent horrifique : mais qu’est-ce que c’était que ce truc ?

Et puis un jour, j’ai craqué. Et plongé dans cette histoire qui ne ressemble à rien d’autre.

Avant d’en ressortir, bien plus tard, un peu asphyxié.

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New York Trilogie - La ville

New York Trilogie (3 tomes) – Will Eisner (1988 à 1991)

Delcourt – 432 pages – 34.95 € (Intégrale)

Le pitch : Muets ou diserts, instantanés ou développés en plusieurs planches, les portraits que dresse Will Eisner dans New York Trilogie révèlent toute la finesse et l’intelligence de ce grand maître de la bande dessinée contemporaine.

Un trésor accumulé, année après année, sous une grille d’égout, la faune exubérante campée sur les personnes d’immeubles populaires, les jeux turbulents des gamins des rues, telles des sentinelles imaginaires… Tous ces éléments de décor deviennent à leur tour personnages.

Dans ce premier tome, Will Eisner pose sur la ville qui l’a vu naître un regard sensible et malicieux. Enseignant à l’école des Arts Visuels de New York lorsqu’il réalise cette trilogie, Eisner nous permet de profiter d’une belle leçon d’observation et de saisir au passage ce que la  » Grosse pomme  » recèle de plus attachant.

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Mon avis : Will Eisner, c’était le prince de New York.

L’homme qui a traversé tout le XX° siècle en vivant à New York (sauf les dernières années de sa vie, où il est parti en Floride) et en dessinant des histoires se déroulant à New York.

Il était donc normal que le génial inventeur du Spirit, puis le créateur du principe du roman graphique décide, au début des années 80, de consacrer son grand oeuvre à sa ville préférée.

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New York trilogie - La ville

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C’est cette oeuvre que l’on retrouve, publiée en trois volumes (ou en intégrale) chez Delcourt. Plus de 400 planches où, à son habitude, Eisner dépeint par petites touches (des histoires en une planche, deux, quatre, parfois une « nouvelle » composée de quelques dizaines de planches) sa cité et ces habitants.

Cet ensemble est tout à fait formidable car, dans les années 80, l’auteur est au sommet de son art graphique. Du noir et blanc, et uniquement du noir et blanc, comme d’habitude, avec son style reconnaissable en trois vignettes.

Le premier tome consacrée à « la ville » est une succession de saynètes très courtes, essentiellement une ou deux planches, où Will Eisner « croque » des instantanés saisis sur le vif, la plupart dans la rue.

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New York trilogie - La ville

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Watchmen – L’intégrale – Alan Moore & Dave Gibbons (1987)

Urban Comics – 464 pages – 35 €

Le pich : Quand le comédien, justicier au service du gouvernement, se fait défenestrer, son ancien allié, Rorschach, mène l’enquête. Il reprend rapidement contact avec d’autres héros à la retraite dont le Dr Manhattan, surhomme qui a modifié le cours de l’histoire.

Alors qu’une guerre nucléaire couve entre les USA et l’URSS, tous s’interrogent : qui nous gardera de nos Gardiens ?

Mon avis : Heureux mortels : vous avez l’occasion de pouvoir acheter l’édition intégrale de Watchmen, pour un prix ridicule au regard du temps que vous y allé y passer et du plaisir , infini, que vous allez en retirer !

Quand je dis l’occasion, c’est parce que cela n’a pas toujours été le cas, depuis la création de la BD en 1986 : souvent épuisée, parfois malmenée. Mais Urban Comics a repris les choses en main et, voilà : heureux mortels !

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Watchmen, le chef-d’oeuvre absolu du comic américain.

Une histoire de super-héros, allez-vous me dire, un chef-d’oeuvre ?

Et je vous répondrais sans barguigner  (j’adore ce mot !) : bien plus qu’une histoire de super-héros, mais réellement un chef-d’oeuvre !

Je peux vous certifier que peu d’œuvres littéraires, tous genres confondus, ont atteint un tel niveau d’intérêt au cours du dernier demi-siècle…

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Maus

Maus – Art Spiegelman (1980 à 1991)

Flammarion – 295 pages – 30.00 €

Le pitch : Récompensé par le prix Pulitzer, Maus nous conte l’histoire de Vladek Spiegelman, rescapé de l’Europe d’Hitler, et de son fils, un dessinateur de bandes dessinées confronté au récit de son père.

Au témoignage bouleversant de Vladek se mêle un portrait de la relation tendue que l’auteur entretient avec son père vieillissant.

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Mon avis : Le Maus d’Art Spiegelman, c’est sans doute avec cette oeuvre que toute l’aventure du roman graphique a commencé.

Une matière unique de raconter une histoire.

Pas un roman, pas tout à fait une BD dans les règles de l’art.

Un roman sous forme de BD, avec beaucoup, beaucoup de texte, mais avec une présentation un peu déstructurée.

Comme si les graphismes étaient indispensables, mais que l’auteur ne lui accordait pas autant d’importance que dans un album « classique ».

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Maus

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Bien entendu, l’oeuvre n’aurait pas eu ce succès mondial, incroyable, – sidérant ! -, ce retentissement moral et psychologique si intense, s’il n’avait pas traité d’un sujet aussi essentiel et difficile – la shoah – avec ce détournement narratif qui consiste à distancier l’histoire réelle en travestissant (masquant ? le narrateur humain porte bien un masque de souris) tous les personnages humains en animaux.

Les méchants chats, les gentilles souris…

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Maus

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Spiegelman va à l’essentiel.

Quasiment à l’épure pour les dessins, entièrement en noir et blanc.

Comme s’il tenait à ce que l’attention du lecteur se concentre sur les paroles de la mémoire.

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Maus

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Mais Maus, ce n’est pas que le récit des horreurs de l’extermination : ce sont aussi toutes les questions sur la survivance, sur la famille…

C’est pour cela que cela que ce roman graphique restera sans doute pour toujours un chef-d’oeuvre dans l’histoire littéraire mondiale.

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