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Dire que Jim Thompson est un des papes du roman noir, c’est quasiment énoncer un lieu commun. Par contre, une fois que vous avez lu ou relu ses grands romans, comme Les arnaqueurs, cela devient une évidence absolue.
Les lecteurs fidèles de Jim Thomson savent bien que son univers était noir, et c’est ça qu’ils recherchent en le lisant. Quand je dis noir, c’est noir d’encre. Obscurité d’une profonde nuit, ténèbres qui règnent au fin fond de l’enfer. Pas d’espoir, pas de rédemption. Que des personnages d’hommes et de femmes perdus, cassés par leur enfance, leur handicap, leurs phobies. Leur destin ? Nager en plein cauchemar, un peu plus chaque jour.
Grâce à Rivages/Noir, ces romans sont peu à peu réédités en France. Complétés, retraduits. Un vrai travail de bénédictin, qu’il convient de saluer ici.
La sélection d’une dizaine de titres que je vous présente ici est à compléter. Je le ferai au fur et à mesure de la réédition de sa bibliographie.
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Jim Thomson : un auteur plus noir que noir !
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L’assassin qui est en moi – Jim Thompson (1952)
Rivages/Noir – 172 pages – 8,00 €
Le pitch : « Cela ne me viendrait pas à l’idée de te menacer, Lou, mon chéri, mais je suis bien décidée à ne jamais renoncer à toi. Jamais, jamais, jamais. Si tu es trop bien pour moi, alors je ferai ce qu’il faut pour que tu ne le sois plus. »
Je l’embrasse – un long baiser, brutal. Car Joyce ne le sait pas, mais elle est déjà morte, et d’une certaine façon, je ne pourrais pas l’aimer davantage.
Mon avis : Les lecteurs fidèles de Jim Thomson savent tous que son univers était noir. Quand je dis noir, c’est noir d’encre. Obscurité d’une profonde nuit, ténèbres qui règnent au fin fond de l’enfer. Pas d’espoir, pas de rédemption. Que des personnages d’hommes et de femmes perdus, cassés par leur enfance, leur handicap, leurs phobies. Leur destin ? Nager en plein cauchemar, un peu plus chaque jour.
Avec L’assassin qui est en moi, publié chez Rivages avec une nouvelle traduction et un texte enfin complet (comme le fait l’éditeur pour toute l’oeuvre de Thompson, peu à peu, merci à lui !), l’auteur essaie tout simplement de radiographier la folie.
La cabine du métayer – Jim Thomson (1952)
Rivages/Noir – 288 pages – 8,00 €
Le pitch : Tommy Carver, fils de métayer dans une petite bourgade de l’Oklahoma, est un jeune homme colérique et rebelle. Mais une fureur comme celle de Tommy a ses raisons. Sa relation contrariée avec Donna, pour commencer.
Dotée d’une beauté surnaturelle, animée d’une passion explosive, elle est la fille d’un riche agriculteur que Tommy déteste presque autant que son propre père. Et comme tout le monde le sait, les histoires d’amants maudits finissent toujours mal.
Mon avis : Mois après mois, Rivages/Noir revisite avec bonheur toute l’oeuvre du grand Jim Thompson et lui donne enfin tout le lustre qu’elle mérite : version intégrale, nouvelle traduction, nouveaux titres… un plaisir !
L’occasion de revenir sur les titres phares de sa carrière, comme Pottsville, 1280 habitants, mais aussi parfois sur des romans un peu oubliés, comme Nuit de fureur; ou, en 2019, comme La cabane du Métayer.
Comme toujours chez Thompson, le récit est court, dense, tendu. Noir comme l’encre de la plume du grand romancier américain, noir comme la couleur de l’âme des principaux protagonistes.
Les alcooliques – Jim Thompson (1954)
Rivages/Noir – 176 pages – 8,20 €
Le pitch : 15 000 dollars ! Voilà ce qu’il devait trouver avant la fin de la journée. Sinon, c’en était fait de sa maison de cure. Il restait pourtant une solution au Docteur Murphy : le cas de la chambre n°4. Pourri de fric, alcoolique et, depuis peu, crétin, grâce à la simple section de quelques fibres nerveuses entre l’encéphale et les lobes frontaux.
Sa famille voulait l’enterrer, ici, loin des feux indiscrets de la rampe , ici, où personne ne pourrait le trouver et où il ne causerait plus d’ennuis. Le Docteur Murphy n’avait qu’à autoriser cet enterrement.
Mon avis : Avec Jim Thompson, les histoires, ce n’était jamais très drôle, ni optimiste. Les alcooliques – titre terrifiant dans son sujet explicite -, le lecteur va trouver une galerie de portraits suffocante de réalisme.
Un exposé de la psyché des personnes touchées par l’alcoolisme d’une précision et d’une subtilité si saisissante qu’on comprend très vite qu’il n’a pu être écrit que par l’un d’entre eux. Car Jim Thompson était alcoolique et il mourra à 69 ans, le corps usé par son addiction.
Nuit de fureur – Jim Thompson (1953)
Rivages/noir – 272 pages – 9.00 €
Le pitch : Quand on mesure un mètre cinquante avec des talonnettes, qu’on parait dix-sept ans au lieu des trente qu’on croit avoir, qu’on est presque aveugle et en train de crever de tuberculose, on a du mal à se faire prendre au sérieux.
Mais ce n’est sûrement pas par hasard si c’est à vous qu’on offre 30 000 dollars pour descendre un mafioso trop bavard. Et ce n’est pas par hasard non plus que deux superbes filles vous tombent dans les bras, même si l’une d’elles souffre d’une infirmité sur laquelle vous aimeriez bien en savoir davantage…
Mon avis : Nuit de fureur, c’est un polar ultra-minimaliste (quasiment unité de lieu, de temps et d’action) dont les principaux personnages constituent une galerie de freaks (physique ou morale) assez inoubliables. Le principal d’entre-eux est le narrateur : Carl Bigelow, tueur à gages, un homme physiquement dégénéré, chargé d’éliminer un témoin gênant avec le plus de discrétion possible.
Il décide de s’introduire dans l’entourage de sa cible, en se faisant passer pour ce qu’il n’est pas : un tout jeune homme qui reprend ses études.
Comme dans tous les romans de Jim Thompson, l’histoire est noire, très noire, la nature humaine est présentée sous un angle pour le moins désabusé.
L’échappée – Jim Thomson (1958)
Rivages/Noir – 288 pages – 8,00 €
Le pitch : Sitôt sorti de prison, Doc McCoy programme avec son épouse Carol un hold-up dont le butin doit leur permettre d’éponger leurs dettes.
Si Doc et Carol nourrissent l’un pour l’autre une grande passion, ils n’en sont pas moins des gangsters sanguinaires, comme en témoignent le complice qu’ils éliminent, les malheureux qui croisent leur route ou le juge que Carol avait corrompu pour faire libérer son mari.
Une violence exacerbée par leur longue séparation, et que la paranoïa inhérente à toute cavale ne fait rien pour arranger. Durement éprouvés par leur fuite, ils commencent à se méfier l’un de l’autre…
Mon avis : Ce roman est sorti sous le titre original américain de The getaway. Ce qui vous plonge sans doute dans de délicieux souvenirs, puisqu’il s’agit du titre bien connu d’un très grand et très renommé film de Sam Peckinpah, avec Steve Mc Queen, et qui est l’adaptation de ce petit polar bien noir (of course) de Jim Thompson.
Cette nouvelle édition, revue, corrigée, retraduite, avec enfin un dernier chapitre fidèle à l’original, est très éloignée de son adaptation cinématographique et très en retrait, en terme de qualité, des chefs-d’oeuvre de Thompson, que je vous invite à découvrir sur ce site.
N’empêche que. N’empêche que le talent de Thompson était tel que, même dans un récit au style et au scénario pas assez travaillé (je ne pense pas que l’auteur ait passé un temps fou pour l’écrire), le lecteur passionné de polar dark y trouvera son compte.
Les arnaqueurs – Jim Thompson (1963)
Rivages/noir – 192 pages – 7.50 €
Le pitch : Pour avoir voulu arnaquer un patron de bar, Roy reçoit un coup de batte au ventre. Malade, il ignore qu’il est atteint d’une hémorragie interne et ressasse son existence.
Roy a été élevé par sa mère, Lilly, une lionne n’aimant que l’argent et qui n’a jamais assumé son rôle. Parti tôt sans bagage, Roy a suivi la trace de Lilly qui lui a transmis son goût du lucre. Représentant pour la façade, il a accumulé un joli pécule après sept ans d’arnaques en tous genres.
Depuis un moment, il a une liaison avec Moira, une créature pulpeuse et trouble. Depuis que Lilly a débarqué chez lui, elle abuse d’emblée de son autorité maternelle. Dès lors, la vie de Roy devient une suite de plongeons dans un enfer abyssal.
Mon avis : Dire que Jim Thompson est un des papes du roman noir, c’est quasiment énoncer un lieu commun. Par contre, une fois que vous avez lu ou relu Les arnaqueurs, cela devient une évidence absolue.
J’avoue que, lorsque j’ai repris contact, avec Thompson, il y quelques temps, cela été pour moi une sacrée re-révélation. Je ne me rappelais pas les effets de la puissance du style de Thompson, qui vous colle par moment au mur tellement c’est bien écrit.
235 pages de déroulé imparable qui vous donne l’impression de visionner un des grands polars noirs des années 50… en noir et blanc justement
Pottsville, 1280 habitants – Jim Thompson (1964)
Rivages/Noir – 270 pages – 8.00 €
Le pitch : Shérif de Pottsville, 1280 habitants, Texas, au début du vingtième siècle, Nick Corey mène une vie routinière pas trop fatigante dans la mesure où il évite de se mêler des affaires de ses administrés.
Débonnaire, apparemment pas très malin, il se laisse même contester et humilier en public. Comme si ça ne suffisait pas, il est cocu et aux prochaines élections, il pourrait perdre sa place. Il décide donc de commencer à faire le ménage…
Mon avis : Pottsville, 1280 habitants, c’est le titre, revu en 2016, du célèbre roman de Jim Thompson paru sous la couverture du numéro 1000 de la série noire sous le titre saugrenu 1275 âmes. Saugrenu, puisque le titre original est POP. 1280. Pourquoi Marcel Duhamel avait-il soustrait cinq habitants au titre américain ? Mystère !
Mais je me demande tout autant aujourd’hui pourquoi Rivages/Noir, quitte à retraduire le titre (et aussi tout le roman, merci !), est presque aussi peu précis que la première version ?! Car, diantre, POP. 1280, cela se traduit par POP. 1280, un point c’est tout ! Erreur étonnante de la part de l’éditeur, mais qui n’est pas la seule, puisque le pitch du livre est carrément mal écrit, imprécis et même faux…
Bref : pouf, pouf, comme disait Desproges, en dehors de ces problèmes de couverture, qu’y a-t-il là dedans, ma bonne dame ? Eh bien, tout simplement une petite perle de roman policier ethnique et humoristique.
A deux pas du ciel – Jim Thompson (1967)
Rivages/Noir – 224 pages – 8,00 €
Le pitch : A deux pas du ciel est le récit, largement autobiographique, de la construction d’un pipeline allant de West Texas au golfe du Mexique, à laquelle Jim Thompson a travaillé comme manœuvre.
Le roman vaut surtout par son aspect documentaire des conditions de travail et de la culture souterraine des Hobos, une armée de migrants avec leur propre argot et leur propre code de moralité, buvant le Jake (gingembre de Jamaïque) qui les paralyse et le Canned Heat (essence altérée) qui les aveugle avant de les tuer. Mais une patine nostalgique soulage ici les horreurs et suggère une ampleur épique absente de l’oeuvre depuis vingt ans.
Mon avis : A deux pas du ciel : quel titre français magnifique, aussi beau que le titre original (South of heaven : Au sud du paradis)! Mais sa connotation poétique ne recueille aucun résonnance dans le corps de ce court roman, écrit à l’os.
Comme le précise très bien le pitch de l’éditeur (Rivages/noir, normal pour Jim Thompson), ce récit est quasiment documentaire et autobiographique puisque l’auteur décrit, avec précisions, l’incroyable contexte de construction d’un pipeline au Texas, au lendemain de la première guerre mondiale.
Pas compliqué, pour se repérer : si vous êtes un admirateur sans limite des textes de John Steinbeck et de Jack London, ce roman est pour vous.
Rage noire – Jim Thompson (1972)
Rivages/noir – 217 pages – 7.00 €
Le pitch : C’est l’histoire d’un jeune noir à New York, dont la mère est blanche et qui ne connaît pas son père. Il a donc déjà des rapports terribles avec sa mère et, en plus, celle-ci l’oblige à coucher avec elle et c’est absolument épouvantable. Il atteint un degré de violence quasiment jamais atteint par un personnage de Thompson…
Et ce môme a douze ou treize ans, et il joue au noir forcené, le couteau entre les dents. Chaque fois, tous les soirs, il s’écroule à cause du rôle qu’il est obligé de tenir. C’est réellement un concentré de toute l’oeuvre de Thompson.
Mon avis : Parfois, le titre français d’un roman trahit son esprit. Ici, ce n’est pas le cas, puisque le jeune héros (qui n’a pas douze ou treize ans, comme l’écrit Aain Corneau dans le pitch, mais dix-huit) est noir, et qu’il est en rage.
Mais je préfère tout de même le titre américain : Child of rage (enfant de la rage). D’abord, parce que c’est un titre magnifique, mais aussi parce que cette notion d’enfant est absolument au centre du propos développé par Jim Thomson.
Thomson, c’est le plus grand auteur de roman noir américain. Mais attention : du noir de chez noir ! A chaque fois que je termine un de ces livres, je crois avoir atteint le fond de sa « noircitude » qui est, ici, plutôt une « négritude » (mauvais jeu de mot, mais vous comprendrez mieux après avoir lu le roman), et à chaque fois, je découvre encore plus de profondeur à l’abîme. Mais avec Rage noir, l’auteur atteint vraiment le fond (c’est d’ailleurs son dernier livre, publié en 1972).
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